Nous allons donc rencontrer un pays plein de contradictions où les programmes « hambre cero » et « usura cero », respectivement contre la faim et contre l’usure (prêt d’argent à taux insupportable), sont destinés aux femmes et en même temps, le gouvernement durcit le ton par rapport à la question de l’avortement.

Si nous donnons une grande place à l’article d’Orlando Nunez, c’est aussi parce que nous cherchons à comprendre cette attitude hostile envers une partie de la société civile organisée.
Nous espérons voir un peu plus clair après avoir dialogué avec un grand nombre de personnes.

Ce voyage a comme but de rencontrer nos partenaires, de chercher une solution pour le projet Angelita Morales, de visiter quelques familles des enfants parrainés.
Nous aurons aussi un contact avec le Collectif des femmes de Matagalpa. Ce projet a l’appui de notre amie italienne Edda et nous paraît très intéressant. Il fait partie des groupes qui sont dans le collimateur du gouvernement du fait de leur prise de position par rapport à la loi contre l’avortement.
Elles participeront à la campagne nationale du 28 septembre pour l’avortement légal.

Eloïse nous a envoyé son mémoire qu’elle a soutenu avec succès. Son stage de deux mois a été très enrichissant, même s’il y avait parfois aussi des moments un peu difficiles.
Nous pensons que le questionnaire qu’elle avait soumis à un petit nombre de parents d’élèves qui bénéficient d’une bourse de INTI peut intéresser les parrains et pourquoi pas les autres adhérents à INTI.
Nous n’avons pas encore reçu le mémoire de Romain.

Dans la prochaine lettre, nous communiquerons nos impressions du Nicaragua et ferons le bilan de cette année 2008.

« Usura Cero » (Usure zéro) pour l’amélioration de l’économie domestique

(El 19, n° 4 du 11-17 septembre 2008)

Dona Ramona Miranda Olivares, du barrio Carlos Fonseca, est une des bénéficiaires du programme « Usure zéro ». Elle fait partie des 22 000 femmes bénéficiaires jusqu’à août 08 dans 18 municipalités du pays.
« Avant j’empruntais 700 cordobas chaque semaine avec un taux d’intérêt de 40% pour faire mes « nacatamales » (repas typique du Nicaragua). Avec le programme, j’ai pu acheter des casseroles, une table et j’ai un fond pour les ingrédients » raconte-elle.
Cette femme de 51 ans et mère de deux enfants a reçu l’année dernière un premier crédit de 5 500 cordobas (environ 206 €) du programme qu’elle utilisa pour renforcer son négoce. Elle a remboursé 174 cordobas par semaine pendant 8 mois, ce que lui a donné droit à un deuxième crédit du même montant avec lequel elle a pu développer sa vente de nacatamales.
« L’économie de mon foyer s’est améliorée. Avant, avec 40 nacatamales j’ai « mangé » les bénéfices et j’étais de nouveau entre les mains des usuriers. Depuis que je suis membre du programme, j’ai doublé la production et les bénéfices m’ont permis de changer le toit de ma maison. Je vais économiser pour acheter des tables et des chaises et ainsi agrandir la vente à l’extérieur. » Dit-elle très émotionnée.

Crédit pour les femmes

Leonor Corea, directrice de ce programme, du Ministère du développement, de l’Industrie et du Commerce, exprime que ce programme a pour but de donner des crédits aux femmes au taux d’intérêt juste de 5% annuel pour les aider à améliorer leurs commerces et de les inclure dans d’autres programmes du Ministère, soit assistance technique , association et financement.
Ce programme a commencé avec le lancement par le président Ortega en juillet de l’année dernière et en septembre les premiers crédits ont été attribués (à Managua, jusqu’à décembre 07, 1 294 crédits)
Pour avoir droit à ce crédit, les femmes doivent être organisées en groupes solidaires de 5-10 personnes et demander le crédit au Cabinet du Pouvoir Citoyen où on leur explique les formalités à remplir : avoir plus de 18 ans, avoir une carte d’identité,être d’accord pour s’organiser, payer mensuellement et participer à deux formations sur le commerce et l’administration du commerce que le MIFIC donne en coordination avec l’Institut National de Technologie.

Un programme qui a du succès

Les femmes souhaitent voir le crédit augmenté (triplé). L’autre succès est dans la récupération du crédit. La majorité des femmes payent, même s’il y a parfois des retards. En dehors des municipalités départementales, la récupération est de 99%. Depuis juillet, à Managua, l’octroi d’un second crédit aux femmes bénéficiaires a été approuvé et en plus l’extension à d’autres départements.
A la fin de l’année il y avait 73 747 bénéficiaires. Ceci a été rendu possible avec le fond des 44 millions de cordobas récupérés, à quoi s’est ajouté un budget de 130,3 millions de cordobas (7 239 000 $ US) de la République et 14 millions de $US de fonds de l’ALBA.
Ce programme n’améliore pas seulement la vie des familles nicaraguayennes, mais génère aussi des emplois.
Pour gérer ce programme, le MIFIC a ouvert 150 nouveaux bureaux au niveau national. Pour les départements, il y a des équipes de 4 personnes : 1 coordinatrice, 2 formateurs et un technicien de crédit.

Les bénéficiaires remercient le gouvernement

La jeune Alma Hurtedo Torres, 24 ans, a pu ouvrir un petit commerce avec un prêt de 5 500 cordobas.
Ana Joaquina Garey, 74 ans, a investi le prêt dans l’achat de maïs et de bois. « Avant j’achetais le maïs à 500 cordobas le quintal. Maintenant je peux l’acheter directement à 330 cordobas. Avec cela je nourris mes 5 fils et deux petits-enfants. Chaque jour, j’utilise 85 livres de maïs pour faire plus de 600 tortillas.

 
« Hambre cero » le programme de production alimentaire PPA

Comme nous avons déjà parlé de ce projet dans nos précédentes lettres d’info, nous nous contentons d’un bref résumé.
Jusqu’à août 2008, 30 709 familles ont bénéficié de ce programme destiné à combattre la faim et la pauvreté. La gestion est confiée aux femmes.
Rappelons qu’il s’agit de donner à des familles pauvres rurales des animaux (une vache, des poules et des cochons) pour leur permettre de se nourrir mieux.
Ainsi 16 000 vaches, dont 40% fécondées, 250 000 poules, 8 600 cochons, 12 000 truies ont été distribués, ce qui représente une entreprise importante pour acheminer tous ces animaux dans les zones rurales.
500 techniciens sont mobilisés pour apporter des conseils pour l’élevage.
Dans l’avenir cela donnera également des sources d’emploi par la création de petites agro-industries locales.

En même temps, les petits producteurs reçoivent des semences améliorées (et non des OGM) de maïs, haricots et sorgo .
Ils ont également accès au crédit par l’intermédiaire de coopératives.