« Depuis l’implosion des états socialistes en 1989, les organismes financiers occidentaux déchaînèrent une offensive pour démanteler les Etats nationaux du Tiers Monde en général et en Amérique Latine en particulier. Il s’agissait de privatiser la fonction publique et de dénationaliser l’économie.
La stratégie consista à privatiser les entreprises publiques incluant les services de base comme l’énergie, l’éducation, la santé, l’eau, le transport, les routes, la sécurité sociale …..
L’achat des entreprises publiques s’accompagna de la corruption des fonctionnaires du gouvernement…… ce qui légitima la privatisation.
Une série de lois et traités – en particulier la diminution ou la disparition des droits de douane - complétèrent ce nouveau saccage.
Au fur et à mesure que les multinationales occupèrent le marché national, les entrepreneurs locaux commencèrent à faire faillite et à tomber comme des mouches face à la nouvelle concurrence néocoloniale.

Pendant le processus de privatisation / corruption, les institutions publiques nationales commencèrent à être contrôlées et administrées par la coopération externe. Le crédit international continue à faire des ravages dans nos faibles économies, les intérêts de la dette et son annulation dépassèrent les montants du capital avancé ; le gros de l’aide au développement arriva sous forme de nouveaux prêts pour rendre prioriataire le paiement de la dette externe……
La Banque Mondiale, le FMI et la Banque interaméricaine (BID) imposèrent l’ajustement structurel et régulèrent ainsi la vie économique des pays du Tiers Monde en faveur des entreprises multinationales.
La coopération externe contrôla les ministères publics par des projets dirigés et administrés par différentes agences des pays développés…. Arriva alors le moment où la plus grande partie du budget de chaque ministère était aux mains de la coopération …..
La conséquence fut que l’Etat se réduisit à sa plus simple expression.
Dans le cas de l’Amérique Latine, plus de 50 000 professionnels avec beaucoup de sensibilité sociale et une longue expérience de lutte populaire se convertirent alors en salariés de la coopération…..

Le premier objectif que la coopération internationale donna aux nouveaux sujets de la société civile fut de servir d’amortisseur aux dégâts causés par la privatisation des services publics. Ce fut certes une action nécessaire, faite avec acharnement et abnégation, aussi bien par des responsables nationaux que par du personnel externe, les deux avec beaucoup de militantisme politique en faveur des droits humains.

Des ONGs dédiés à l’alphabétisation se mirent en place, ce qui fut certes, une action noble, mais qui n’eut un impact social très limité, car pendant que 100 personnes étaient alphabétisées, le système capitaliste générait 1000 illettrés.
Dans le même temps, le budget de l’éducation diminua de 50% et il en fut de même pour la santé et les autres services publics, tous en processus de démantèlement.

Le second objectif consista de recueillir les excédents de l’économie populaire par le micro-crédit….
Pour rendre les ONGs financièrement indépendantes, la solution proposée fut d’investir le capital avancé par la coopération internationale dans des prêts à court terme. Ainsi ces micro-finances firent le travail des banques traditionnelles. Les taux d’intérêts oscillèrent entre 20 et 60%. Quelques dizaines de milliards de dollars destinés par le capital international aux pauvres du Tiers Monde commencèrent à augmenter la source occidentale de ces fonds.
Bien sûr que les producteurs appauvris avaient besoin de ces fonds puisque les gouvernements ne leur prêtaient plus. Mais, essentiellement dans le secteur productif,  pour quelques-uns qui ont progressé, des dizaines d’autres furent saisis ou entrèrent dans un processus de décapitalisation. Ainsi, lentement, le micro-crédit s’orienta vers le commerce et la consommation, profitant du flux de l’argent provenant des expatriés arrivant chez les pauvres.

Le troisième objectif consista à faire  des consultations, études, etc… dont le capital étranger avait besoin tant pour faciliter la privatisation que pour introduire de nouvelles valeurs, généralement dans l’optique néolibérale…..
Le nouveau citoyen se convertit alors en consommateur du marché…..
Les médias de communication de la droite ouvrirent leur pages, écrans et microphones aux intellectuels choisis comme notables et représentants de la société civile……

Le Front Sandiniste et la récupération de l’Etat National

Dernièrement on a pu observer un grand mouvement latino-américain représenté par des dirigeants nationalistes….. qui essaient de renverser le processus de privatisation et d’ingérence.
Cette situation fut facilitée par la déclaration de Paris (mars 2005) dans laquelle environ 200 pays et organisations internationales décidèrent d’ajuster la coopération aux principes, stratégies et procédés choisis par les pays recevant la coopération.
Fin 2006, début 2007, le Front Sandiniste et ses alliés ont pris le pouvoir et prirent une série de mesures de politique économique et sociale pour restaurer l’Etat National.

Le gouvernement concentre ses objectifs sur la lutte contre la faim et la pauvreté et cherche à prendre en main – dans la mesure du possible – les services de l’énergie, de la santé, de l’éducation et de l’eau, non sans une certaine contradiction de la communauté internationale. Ceci s’est traduit par : subventionner les usagers des transports publics, éliminer les méga- salaires du gouvernement et d’autres mesures d’austérité, commencer à améliorer les chemins abandonnés pendant les 16 années de gouvernements néolibérales, initier la nouvelle campagne d’alphabétisation et de vaccination massive….

Au niveau politique, le gouvernement maintient un programme de réconciliation et d’unité nationale par des alliances avec les groupes les moins compromis et les plus nationalistes ….(libéraux, ex-combattants de la Contra et l’église catholique)


Au niveau international, les alliances avec Cuba, le Venezuela et d’autres pays d’Afrique et d’Asie du Sud se sont fortifiées sollicitant des gouvernements centraméricains et des Caraïbes de s’unir face au néolibéralisme et face aux politiques impérialistes encore actives dans nos pays.

Pour un parti, comme le Front Sandiniste à vocation socialiste, la situation est très complexe et contradictoire. Il occupe la présidence et a une majorité de sympathisants politiques, mais il reste minoritaire dans les autres pouvoirs de l’Etat et face à toute l’opposition qui s’unit et se pose ensemble en adversaire.

Ce parti, aujourd’hui au pouvoir, doit administrer un pays où l’économie capitaliste est dominante et doit gouverner une société dont les valeurs hégémoniques sont des valeurs libérales et néolibérales. Sa stratégie implique de défendre les mesures révolutionnaires et d’être un parti d’opposition au système capitaliste au pouvoir partout dans le monde.

La lutte idéologique et la division de la société civile

Un des champs de bataille les plus importants est celui de la société civile, entendu comme la fonction d’entrer dans la compétition pour l’hégémonie sociale ainsi que les organismes qui y participent activement, en particulier les moyens de communication et les ONGs, mais aussi les groupes plus traditionnels comme les églises et autres groupes de pression politique.

………  Au fur et à  mesure que les contradictions politiques,économiques et sociales s’amplifient, la société civile s’est divisée et forme plus ou moins trois groupes civico-politiques, chaque fois plus différenciés.

Movimiento por Nicaragua
Ce mouvement est affilié à l’oligarchie conservatrice et ses organisations de parti (ALN –PC) qui ont peu de membres, mais des cadres très influents, surtout dans les médias de communication

Coordinadora Civil
Elle est composée en majorité d’ONGs, dont les dirigeants tendent chaque fois davantage vers les position du MRS, avec un discours anti-FSLN, même si une grande partie de ses bases territoriales militent au Front Sandiniste

Coordinadora Social
Elle est composée dans sa majorité de mouvements sociaux, de corps de métier et de syndicats proches du FSLN

Si nous mentionnons pas le PLC (parti libéral constitutionaliste), c’est que ses organisations de base (JCOPs) ne sont pas représentées dans les réseaux civiques – politiques et ont pratiquement disparus.

… Ces trois organisations expriment des intérêts sociaux et idéologiques différents.
Le FSLN s’efforce maintenant de redoubler la lutte idéologique face à une opposition qui contrôle les médias et dont les valeurs exercent une grande influence sur une grande partie de la population. Pour le Front Sandiniste, le principal champ de bataille idéologique, au sein de la population, est les Conseils de Pouvoir Citoyen, où les gens pourront questionner le système néolibéral. C’est le projet le plus critiqué par toutes les autres forces qui se disputent l’hégémonie sociale »