Ils veulent freiner l’avance des gouvernements progressistes du Venezuela, de Cuba, de la Bolivie, du Nicaragua et de l’Equateur pour éviter de perdre du terrain politique. ….. Washington et Bruxelles ont décidé de s’attaquer au Nicaragua, le membre le plus fragile de l’Alternative Bolivarienne des Amériques (ALBA)

Les Etats-Unis et l’Europe veulent convertir les élections municipales de novembre en début de la fin du dirigeant sandiniste Daniel Ortega.

Le premier à serrer les vis fut l’Allemagne. En avril, le Ministère fédéral de collaboration économique et de développement annonce l’annulation d’une aide de 7 millions d’euros. Heidemarie Wieczorek-Zeul justifie cette décision en disant que la corruption ait atteint des niveaux importants depuis l’arrivée des sandinistes au pouvoir.

En juin, l’ambassadrice de l’Union Européenne, Francisca Mosca, proteste parce que le CSE, le Conseil Supérieur Electoral, a exclu les deux partis qui ne remplirent pas les conditions requises pour participer aux élections (conditions qui avaient été élaborées précédemment avec tous les partis). L’ambassadeur des Etats-Unis, Paul Trivelli applaudit. Francisca Mosca préside la « table ronde de la coopération avec le Nicaragua » qui attribue tous les ans 500 millions $US de l’Union européenne, plus 120 millions $US de huit autres états européens. La Fondation Friedrich Ebert exerce également des pressions.

Le 17 août, les ambassadeurs des pays de l’Union Européenne s’entretiennent avec l’ONG nicaraguayenne « Etica y transparencia » parce que le CSE ne leur reconnaît pas le rôle d’observateurs. L’argent de cette coûteuse activité vient de l’Ambassade de Norvège et de la NED (Nacional Endowment for Democracy) financée par la Maison-Blanche et qui appuie les groupes voulant déstabiliser ou faire tomber les gouvernements qui s’opposent aux directives de Washington. Dans son livre « Le code Chavez », la journaliste Eva Golinger a révélé l’intervention de la NED dans la politique intérieure du Venezuela avant et après le coup d’Etat avorté.

Cette pression diplomatique et financière est accompagnée par une offensive médiatique.

Le nouvel ambassadeur des Etats-Unis à Managua s’appelle Robert Callahan. Il était en fonction au Honduras à partir de 1981 sous la direction de John Negroponte qui, en collaboration avec la CIA, a organisé la sale guerre contre le gouvernement sandiniste. Son rôle consista de » diaboliser » le FSLN, de vanter les mérites de la Contra et de cacher les violations des droits de l’homme au Honduras et autres pays de la région.

Et les pressions continuent. Les Etats-Unis gèlent « provisoirement » tous les projets prévus dans le cadre du « Millenium » La droite refuse de siéger à l’Assemblée et ne veut pas approuver le budget pour 2009, alors que les fonds pour continuer les projets sociaux et l’amélioration du réseau routier sont disponibles.

Ortega dérange

Aussi certains mouvements de femmes, au Nicaragua et dans d’autres pays. En effet, les députés sandinistes ont voté majoritairement pour les lois interdisant l’avortement, alors que l’avortement thérapeutique avait toujours été autorisé. Cette décision nous avait aussi choqué. Or, le FSLN n’a pas la majorité à l’Assemblée Nationale et la loi fut proposée par la droite. Elle aurait été approuvée sans les voix des députés sandinistes. On peut reprocher l’opportunisme des sandinistes qui se sont joint à ce vote pour ne pas se mettre à dos l’église et les croyants. Dans les faits, aucun médecin, ni personne d’autre n’a été inculpé, ni emprisonné pour ce délit depuis la promulgation de cette loi. Par contre, elle a été fortement politisée par les Ong’s qui pendant les différentes marches de protestation ont montré leur hostilité envers le gouvernement, demandant la destitution de Daniel Ortega, tandis que l’opposition serait en mesure d’abolir cette loi. Rien n’est simple. Par ailleurs, l’avortement est interdit dans plusieurs pays d’Amérique Latine comme par exemple au Chili et personne attaque Michèle Bachelet sur ce thème.

Le couple Ortega – Murillo dérange aussi des militants là-bas et ici .

Leurs agissements semblent souvent contradictoires entre la volonté affichée de réconciliation nationale, si importante pour le développement du pays, et les affrontements envers certaines personnalités ou organismes.

Ainsi Mireya, membre de la » Coordinadora Civil » craint que l’attaque envers l’ONG OXFAM ne mette en péril certains projets. Gioconda, qui a mis toute son énergie dans la construction et le fonctionnement d’une école pendant les années de gouvernement libéral – avec l’aide de la solidarité internationale – regrette que le gouvernement d’Ortega ne reconnaissent pas suffisamment ses efforts et préfère apporter des financement à des institutions religieuses. Il est vrai que le gouvernement sandiniste oublie souvent que le Nicaragua est un Etat laïc et la constante référence à Dieu est quelque peu pénible.

L’influence et l’omniprésence de Rosario Murillo sont gênantes du fait qu’elle n’a pas été élue. On peut aussi regretter l’imposition trop autoritaire des CPC (Comite des Poder Ciudadano), même s’ils jouent un rôle positif en milieu rural. L’avenir nous dira si la coopération entre les CPC et les maires fonctionnera comme prévu.

Tout cela crée un certain malaise, parce qu’en même temps il faut reconnaître qu’à notre connaissance, aucun gouvernement n’a fait autant d’effort pour essayer de sortir le pays de la pauvreté.