Les élections au Guatemala

Le premier tour des élections présidentielles a eu lieu le 11 septembre. 20 partis politiques ont participé au combat électoral. Trois partis de droite et un du centre détiennent près de 80% du pouvoir législatif, alors que sur les 158 députés, seuls trois appartiennent à des partis de gauche. À gauche, diverses organisations sociales et partis politiques ont réussi à créer le Frente Amplio (Front élargi) avec Rigoberta Menchu. Cependant des différences idéologiques et politiques ont entraîné le départ de certains groupes fondateurs.

Le parti patriote (PP) avec le général Otto Perez Molina a obtenu 36% des suffrages Le parti Lider avec Manuel Baldizon 23 % Le Frente Amplio avec Rigoberta Menchu 3 %

Otto Perez Molina, sous le nom de commandant Tito avait dirigé les plans de contre-insurrection dans les terres mayas de l’Altiplano, les territoires qui ont connu les massacres, les disparitions forcées, les tortures et d’autres actes de barbarie qui peuvent être comparés seulement avec les génocides commis au Rwanda et au Cambodge. (bulletin de Solidarité Guatemala n° 195)

Comment un pays avec une population d’environ 60 % indigène accourt massivement aux urnes pour élire des blancs de droite (racistes, discriminants, excluents…) ? C’est ce que Marcelo Colussi cherche à analyser. (traduction résumée d’un article publié dans Rebelion le 29-9-2011)

On trouve quelques explications dans - La perte de confiance dans la possibilité d’une transformation sociale - La disparition de l’idée de révolution - L’histoire récente du pays. La guerre civile au Guatemala a fait 245 000 victimes. 49 % des disparitions forcées du continent sud-américain ont eu lieu au Guatemala. Ainsi lever la voix peut encore être dangereux. Actuellement le nombre d’assassinats est presque aussi élevé que pendant la guerre. Ce climat d’insécurité amène la population à penser que la solution se trouve dans « la mano dura » (la main forte)

Une phrase hégélienne dit ; l’esclave pense avec la tête du maître. Mais cela ne veut pas dire que l’esclave ne puisse se rebeller. Le parti patriote (PP) pensait facilement gagner dès le premier tour. Alors le 6 novembre pour le 2ième tour, il y aura peut-être un sursaut, même s’il n’existe comme alternative que de voter pour une droite moins conservatrice.

Naturellement on se demande comment est-ce possible qu’un pays qui a la plus forte population indigène dans toute l’Amérique Latine n’opte pas pour une candidate de son sang, ses racines, la candidate maya quiche comme cela est arrivé en Bolivie avec Evo Morales d’origine aymara. Il faudra chercher des explications dans la psychologie collective, dans des processus complexes où se mélangent des peurs provoquées, des manipulations des consciences, des réponses viscérales plus que rationnelles, que l’on retrouve aussi dans le vote d’autres pays. (dans le passé l’Allemagne de Hitler, Hugo Banzer en Bolivie, Bush aux Etats-Unis etc. ou encore Berlusconi en Italie) Et pourquoi les pays européens ont-ils voté pour des candidats néolibéraux qui détruisent les acquis sociaux ?

Bien sûr cela surprend qu’une candidate indigène soit si peu suivie, mais cela tient de l’histoire. Pendant des siècles, la population indigène était désunie, exclue, réprimée. Et peut-être la figure de Rigoberta Menchu ne représente pas aujourd’hui l’expression authentique des peuples mayas. Il y a une certaine manipulation de sa figure et les gens le savent. Et par ailleurs la question indigène a toujours été un problème pour la gauche latinoaméricaine et a été plutôt considérée comme un obstacle à la révolution prolétarienne. Et si la lutte des classes a perdu de l’attraction, le Guatemala est le pays idéal pour la revoir en termes d’ethnicité et de culture. Il y a là un défi à relever.

Dans ce contexte, on peut rappeler la Déclaration de Quito de juillet 1990 qui préparait le contre-sommet des célébrations des rencontres des deux Mondes en 1492.

« Les peuples indigènes, en plus de nos problèmes spécifiques, nous avons des problèmes en commun avec d’autres secteurs populaires comme la pauvreté, la marginalisation, la discrimination, l’oppression et l’exploitation, tout cela le produit de la domination néocoloniale de l’impérialisme et des classes dominantes de chaque pays. »

Sans doute la gauche est en crise. Et pas seulement au Guatemala. Et il n’y a pas de doute que les propositions de la gauche n’ont pas la cote, mais le mécontentement est là comme un volcan prêt à exploser. Il n’est pas impossible que les transformations viennent des mouvements sociaux. Dans tous les cas, la gauche doit s’interroger et trouver des pistes pour récupérer la confiance des peuples dans une possibilité de changement, c’est-à-dire lutter contre la résignation.

Et les mouvements indigènes restent un espoir. Le Portugais Boaventura de Sousa Santos dit en se référant à la Colombie en particulier, mais aussi à tous les autres pays : « la vraie menace ne sont pas les FARC. Ce sont les forces progressistes et surtout les mouvements indigènes et paysans. La plus grande menace (pour la stratégie hégémonique des Etats-Unis et pour le grand capital local) vient de ceux qui invoquent des droits ancestraux sur les territoires où se trouvent les ressources, comme l’eau douce, le pétrole, les richesses minérales), soit des peuples indigènes.