Lorsque les Espagnols arrivèrent sur le continent, les Pech étaient établis sur les îles de la Bahia, sur les rives des fleuves Aguan et Patuca et dans l’actuel département Francisco Morazan. Ce peuple nomade, vivant dans une zone-frontière entre deux civilisations, il s’est approprié à la fois celle du maïs et celle du manioc.

Ils opposèrent une farouche résistance aux Espagnols.

Un peu plus tard, les pirates anglais et français armèrent les Miskitos pour briser la résistance des Pech. Un grand nombre d’entre eux furent capturés et livrés aux Anglais comme esclaves. De ce fait ils se retirèrent de plus en plus dans les forêts.

Finalement on chercha à les soumettre par la religion.

Même en fréquentant églises, comme ils fréquentaient avant leurs lieux sacrés, ils ne comprennent pas qu’un Dieu le père a permis qu’en son nom et celui de la bible, on leur ait enlevé les montagnes et les fleuves.

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Actuellement ce peuple est réduit à 11 communautés dispersées (8 dans le département Olancho, 2 à Gracias a Dios et 1 à Colon) et il est toujours menacé par les éleveurs, les exploitants de bois et les agriculteurs métis.

Leur population est d’environ 5 200 personnes. Beaucoup d’entre eux ont de sérieux problèmes pour subvenir à leurs besoins puis qu’ils n’ont plus de rivières où pêcher, ni forêts où chasser et récolter des fruits sauvages et d’approvisionner en herbes médicinales.

Ils cultivent le manioc, du maïs, des haricots et des bananes plantains pour subsister. L’extraction du balsame liquidambar fut une de leurs principales sources de revenu jusqu’à ce que les ladinos aient envahi leurs forêts.

Ils ont gardé leurs instruments de musique traditionnels comme le tambour Tempuca, une sorte de kena et la maraca.

Ils sont représentés par la Fédération des tribus Pech de Honduras (FETRIPH)

Le peuple Pech, étant nomade et peu nombreux, donne des leçons de liberté, de dignité et de courage à l’humanité. Ils fuient l’actuelle occidentalisation du monde. Ils se distinguent physiquement des populations qui les entourent, ont conservé leur langue, leur alimentation et une partie de leur médecine.

L’organisation sociale du village repose sur la famille élargie. Les femmes Pech participent beaucoup à la vie économique, elles sont artisanes, elles pêchent, vont aux champs, sont guérisseuses. Auparavant la femme était encore plus importante dans la culture Pech, l’influence coloniale et religieuse ayant contribué à une certaine dévalorisation sociale.

Étant d’éternels voyageurs, ils ne construirent pas d’édifices importants et comme ils avaient l’habitude de trouver leur nourriture dans la nature, ils n’éprouvèrent pas le besoin de faire de l’élevage ou des plantations. Mais comme il arrive souvent les sédentaires ont d’eux une vision péjorative les traitant de fainéants, de mendiants etc.

Balsame de liquidambar, un patrimoine Pech

Ce peuple nomade n’eut pas besoin de domestiquer les plantes et les animaux. Ils découvrirent des propriétés médicinales et alimentaires des plantes sauvages.

Le liquidambar est un arbre qui pousse dans les montagnes d’Amérique Centrale (entre 700 et 1400 m d’altitude) mais aucune archive existe qui indiquerait que d’autres peuples de la région en dehors des Pech aient utilisé les propriétés de cet arbre.

Des chroniqueurs et même des anthropologues du siècle passé affirment que les Pech ont extrait ce balsame aromatique pour leurs cérémonies et comme remède. Ils l’ont également commercialisé avec des civilisations mésoaméricaines.

Maintenant ce sont surtout les ladinos qui exploitent cette sève balsamique pour l’industrie des parfums. Cette sève balsamique est aussi appelée copalme ou ambre liquide.

Le système de culte

Dans le monde social Pech toutes les activités quotidiennes comportent implicitement un caractère religieux ; la nature, la société et l’homme sont considérés comme un tout.

Dans leur cosmogonie, l’éclair est l’origine, ce mot étant synonyme de grand-père. Le nombre 9 a une importance particulière : le grand-père décida de créer 9 dieux et 9 déesses. Pendant la grossesse, la femme va 9 fois à la rivière, est protégée par 9 wataes (prêtres, guérisseurs, chamanes), donne naissance au bout de 9 mois et les enfants sont fêtés lors qu’ils ont 9 jours.

La consultation et la réserve anthropologique et forestière Pech Montana El Carbon Ce peuple qui n’a jamais été consulté ni par l’Etat, ni par les entreprises privées, ni par les Eglises pour les différents projets de « développement » et de « civilisation » et se voyant confiné dans les pentes de la montagne El Carbon se réunirent pour discuter de la proposition d’en faire un Parc National.

Cette montagne dont la superficie atteint presque 34 000 h a été habitée depuis l’époque préhispanique par le peuple Pech sur les deux versants. On y trouve beaucoup de sources, une très riche biodiversité, des forêts de liquidambar, plusieurs lieux sacrés Pech et des restes archéologiques.

Lorsque la proposition de déclarer la montagne El Carbon comme parc national fut présentée au Congrès National, le peuple Pech, avec l’appui de la coopération allemande et en coordination avec « l’Institut National de Conservation et de développement forestier, aires protégés et vie sylvestre (ICF) » entrepris une consultation pour ses membres afin qu’ils expriment leurs points de vue et leurs revendications.

En juillet et août, les réunions et consultations se succédèrent avec une très ample participation de tous les secteurs et la présence des anciens, des caciques et des médecins Pech. Ils analysèrent les bénéfices et les responsabilités qu’une réserve anthropologique forestière implique pour une communauté indigène. Finalement c’est à l’unanimité qu’ils firent la demande au Congrès Nationale de déclarer la montagne El Carbon Réserve anthropologique forestière dans le but de préserver la Mère Montagne et de revitaliser l’identité et la culture Pech.{{}}

Pendant cette période de consultations ne manquèrent ni les cérémonies spirituelles, ni les repas typiques, les chants et les danses.

Lors d’une des réunions, Adrian Fiallos, président de la communauté Pueblo Nuevo Subirana, argumenta : « Ils disent que nous les Pech nous sommes des fainéants, uniquement parce que nous ne déboisons pas la montagne pour faire de l’élevage comme les ladinos. Mais nous ne déboisons pas parce que nous sommes les enfants de la montagne. Sans la montagne, nous ne pouvons pas vivre »

La protection et l’administration de cette réserve Muäka Usku devront être partagé entre l’ICF et la FETRIPH. Maintenant le projet doit être approuvé par le Congrès National. Ce sera la 69ième aire protégé au Honduras ce qui représente 36% du territoire national. Ce sera aussi un acte de justice pour un peuple qui a résisté et qui résiste à abandonner son identité et son appartenance à la montagne.