Le mégaprojet du Grand Canal interocéanique du Nicaragua

Un vieux rêve. Bien avant la construction du canal de Panama, Ruben Dario s’était engagé pour le projet. Les Français, les Etatsuniens s’y étaient intéressés…..

Depuis des mois des études de faisabilité sont en cours et plusieurs trajets ont été étudiés.

Le projet fut présenté en définitive le 7 juillet à la population nicaraguayenne, ce qui a provoqué des réactions variées allant de l’incrédulité à l’enthousiasme, en passant par de nombreuses craintes.

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Les informations ci-dessous sont extraites de différents articles paru en juillet 2014 sur les sites

« Nicaragua y mas espanol », de l’ « Agencia Latino-americana y caribena de información » ALC, et de la presse nicaraguayenne. J’ai essayé de résumer les différents aspects de ce mégaprojet :

- Présentation générale

- Les risques écologiques

- Les dangers sociaux pour les populations indigènes de la région autonome de l’Atlantique Sud (RAAS)

Présentation!


C’est l’entreprise chinoise HKND qui a la concession de ce projet. Le canal sera beaucoup plus long que celui de Panama et le début des travaux est prévu pour décembre. La croissance annuelle du PIB du Nicaragua qui est comprise entre 4 et 5% devrait connaître une importante accélération puisqu’elle devrait monter à 10,8% en 2015 et jusqu’à 15% en 2016.

Le groupe HKND confirme que le projet du canal inclut six sous-projets :

2 ports, une zone de libre-échange, un complexe touristique avec 4 types d’hôtels, un aéroport et des routes.

La réalisation exigera d’engager 50 000 travailleurs et généra avec les emplois indirects la création 200 000 emplois.

L’entreprise chinoise a présenté le trajet du canal. Il traversera le territoire nicaraguayen d’Est en Ouest sur une longueur approximative de 278 Km, y compris un tronçon de 105 Km à travers le lac Cocibolca. Il aura une largeur comprise entre 230 et 520 m et une profondeur pouvant atteindre 30m.

L’entrée du canal du côté Pacifique se fera près de l’embouchure du rio Brito, l’entrée Ouest au lac Cocibolca se fera au sud de la ville Rivas et l’entrée est prévue au Nord du fleuve Tule.

Du côté de la mer Caraïbe, l’entrée sera près de l’embouchure du fleuve Punta Gorda.

L’ouvrage comprendra deux écluses, l’une à l’Est du Nicaragua (pas très loin de l’océan Atlantique ou mer Caraïbe) et l’autre à l’Est du lac Cocibolca afin de stabiliser le niveau de navigation du canal. Il y aura deux ports, l’un côté Pacifique et l’autre sur la mer caraïbe.

Le canal permettra le passage de grands bateaux (Post-Panamax) avec une capacité de 5 100 passages par an.

Le passage est prévu pour durer 30 heures.

Selon HKND, le canal n’aura pas d’impact significatif quant au niveau du lac Cocibolca ni quant à l’usage de l’eau par les habitants puisque le canal utilisera d’eau du fleuve Punta Gorda dont le débit serait suffisant.

De plus, il est prévu de créer un lac artificiel après la construction du canal (appelé lac Atlanta) qui aura une étendue de 400 km2.

L’entrepreneur chinois Wang Zing, propriétaire de l’entreprise HKND et concessionnaire du canal assure que cet ouvrage répondra aux normes écologiques, mais ceci ne semble pas convaincre les écologistes…

Les risques écologiques!



Une étude a été menée par la firme ERM (Management des ressources environnementales)

Alberto Vega, le directeur technique, explique que le tracé n° 4 choisi est le plus adapté en ce qui concerne la protection des différents écosystèmes. Toutefois, afin de protéger intégralement les ressources naturelles, il est nécessaire d’approfondir l’étude dans ses aspects environnementaux et sociaux.

Au rang des défis, A. Vega attire l’attention sur l’existence de zones protégées (réserves, zones humides, réserve de biosphère de l’Unesco) et d’espèces animales en danger, sur le corridor biologique mésoaméricain, ainsi que sur les ressources hydriques et le lac Cocibolca, de même que sur les territoires indigènes dont les populations risquent de devoir partir contre leur gré.

La Réserve de la Biosphère dans le sud-est du Nicaragua comprend sept aires protégées :

- Les réserves Cerro Silva et Punta Gorda (qui devront être divisées)

- La réserve biologique Indio Maïz

- Les refuges de vie sylvestre Rio San Juan et Los Guatuzos

- L’archipel Solentiname

- Le monument historique de la forteresse de l’Immaculée Conception à El Castillo

On ne connaît pas non plus l’impact écologique de la création du lac artificiel Atlanta (400 km2) et quelles actions de reforestation sont prévues en compensation.

Le canal affectera aussi la région humide de San Miguelito qui est incluse dans la convention internationale RAMSAR

Toute la zone est aussi très vulnérable aux ouragans, inondations et cyclones.

De leur côté, les écologistes du Centre Humboldt et son directeur Victor Campos ont présenté des études indépendantes concernant l’impact écologique et demandent une concertation.

Ils ne s’opposent pas au projet, mais lancent un avertissement quant aux risques environnementaux dont les dommages peuvent être irréversibles

En ce qui le concerne l’écologiste Kamilo Lara il a appelé les détracteurs du canal à attendre les résultats définitifs des études de faisabilité avant de formuler leurs critiques.

Il dit aussi que le lac Cocibolca n’est plus dans le même état qu’il y a 70 ans et que le Nicaragua devrait se montrer satisfait d’avoir la possibilité de restaurer les bassins hydrographiques et de sauver le lac.

Le gouvernement a annoncé qu’il engagera dans les prochains mois un processus de consultations avec les différents secteurs de la société civile concernant la viabilité économique et les bénéfices sociaux de ce projet.

Dans ce contexte, les écologistes espèrent d’être pleinement entendus.

La population indigène!


Plusieurs voies ayant été envisagées pour le canal, le gouvernement n’a pas consulté les populations de la région autonome de l’atlantique sud (RAAS) avant le choix définitif présenté le 7 juillet. Les autorités locales exigent donc d’être mieux informées.

Au cours de l’année 2013, elles ont saisi la Cour Suprême de Justice mais comme elles pas obtenu de réponse, elles ont saisi à la Commission Interaméricaine des Droits de l’Homme de l’OEA (Organisation des Etats Américains) pour sauvegarder leurs droits.

Les autorités indigènes de la Côte Caribéenne du Nicaragua demandent que le gouvernement respecte la convention 169 de l’OIT (Organisation Internationale du Travail), de même que déclaration des Nations Unies concernant la décennie des peuples descendants d’Africains qui commence en 2015.

Les autorités indigènes et descendants d’Africains du gouvernement territorial Rama et Kriol (GRT-K), du gouvernement communal créole de Bluefields, du Conseil des Anciens de la communauté indigène Miskitu de Tasbapounie et de la communauté Monkey Point ont manifesté leur profonde préoccupation du fait de la présentation du parcours du canal interocéanique du 7 juillet par l’entreprise HKND et le gouvernement nicaraguayen.

Ils sont préoccupés par le projet d’un port en eau profonde dans la communauté Rama de Bankukuk/Punta de Aguila, où se trouve l’habitat principal des indigènes parlant rama, ainsi que par le parcours du canal dans le territoire Rama et Kriol et la communauté noire, créole et indigène de Bluefields, tout cela affectant plusieurs territoires de manière directe et d’une façon générale toute la région

Le projet pourrait donc affecter directement 200 familles du peuple Monkey Point et 3.000.familles d’autres ethnies vivant de la pêche et de l’agriculture.

Comme ce mégaprojet est défini comme étant d’intérêt général pour la nation nicaraguayenne, l’opposition juridique aux expropriations deviendra impossible et le débat se résumera au montant de l’indemnisation.

Ces peuples manifestent donc une grande inquiétude car ils ne savent pas où ils pourront s’établir si le projet se réalise. Un aspect supplémentaire doit être pris en considération : les terres qui risquent d’être expropriées ne sont pas des propriétés individuelles mais des terres communales ne pouvant normalement pas être vendues.

Néanmoins ils restent ouverts au dialogue dans une ambiance de respect mutuel et pour le bien commun.