Dès lors, depuis son poste de président du Congrès (2009-2013) puis en sa qualité de chef d’Etat (2013-2017), Juan Orlando Hernandez (JOH) a consolidé l’édifice dictatorial au sommet duquel il prétend se maintenir. En effet, c’est avant même sa prise de fonction en janvier 2014 que JOH fait approuver la création de la Police Militaire de l’ordre public (PMOP) et autres corps d’élites (TIGRES, COBRAS), instruments de la militarisation de la société. C’est également la majorité parlementaire de son parti qui a élu les membres du Tribunal Suprême Electoral (TSE) en charge de superviser les élections de 2017. Enfin, ce sont des magistrats de la Cour Suprême de Justice redevables de leur poste à JOH qui ont entériné la suspension de l’indésirable prohibition constitutionnelle de briguer un second mandat. C’est cette même intention infondée, prêtée au président José Manuel Zelaya, qui lui avait valu d’être renversé par le coup d’Etat militaire de 2009.

C’est donc en connaissance de cause que les instances internationales ont donné leur aval à un processus électoral reposant, selon l’analyste hondurien Joaquín Mejía, sur quatre « péchés originels » qui caractérisent l’instauration d’une dictature : la réélection ; le contrôle des institutions par le pouvoir exécutif ; la militarisation de la société et le soutien des États-Unis.

En reconnaissant le résultat d’un scrutin – que même l’OEA, habituellement alignée sur les critères de Washington a refusé de certifier – le gouvernement étatsunien a renouvelé une pratique qu’on prête au président Franklin D. Roosevelt qui, en 1939, aurait déclaré à propos du président du Nicaragua : « Somoza est peut-être un fils de pute, mais c'est notre fils de pute ». La dictature de la dynastie Somoza a duré 40 ans. Les honduriens seront ils condamnés à un si long supplice ? Pour l’empêcher, il faudrait commencer par récuser des formules reprises avec légèreté par plusieurs médias selon lesquelles « les violences qui ont éclaté à la suite des élections ont obligé le gouvernement à décréter le couvre-feu ». De multiples témoignages avérés montrent que la brutalité des forces de l’ordre contre les manifestants et les provocations orchestrées par des



éléments infiltrés ont créé les conditions et fourni le prétexte pour renforcer la répression. Ce stratagème, déjà utilisé pendant le coup d’Etat de 2009, poursuit le seul objectif d’insuffler la terreur au sein de la population en général. Il s’accompagne d’une guerre sale contre les personnes les plus visibles de l’opposition. La publication de messages les liant à des accusations de délits grossièrement mensongères, constituent de véritables appels au meurtre, dont la Commission interaméricaine des Droits de l’Homme et le Haut-commissariat aux droits de l’Homme des Nations Unies se sont émues dans un communiqué commun : (http://www.oas.org/es/cidh/prensa/comunicados/2018/007.asp). Face à un pouvoir qui après avoir confisqué les institutions, foulé aux pieds la Constitution et la démocratie, militarisé la société et violé de manière flagrante les droits fondamentaux des citoyens, il est de notre devoir de soutenir la population du Honduras dans son juste droit à se rebeller contre l’instauration d’une nouvelle dictature, aussi cruelle que celles qui, par le passé, ont entaché l’histoire du pays, de la région et du continent.

Nous exigeons le respect du choix manifesté par le peuple hondurien dans les urnes et son droit à disposer de son avenir. Nous faisons nôtre son combat pour ses revendications sociales, son indépendance et sa souveraineté politique !

Nous exigeons l'arrêt de la répression et la libération des manifestants détenus. Nous soutenons la mobilisation générale convoquée par l’Alliance d’opposition contre la dictature, et rejointe par d’autres partis et organisations qui entendent empêcher Juan Orlando Hernandez de continuer d’assumer les plus hautes fonctions de l’Etat à partir du 27 janvier prochain. Le droit les assiste comme le proclame l’article 3 de la Constitution : « Personne ne doit obéissance à un gouvernement usurpateur ni à ceux qui assument des fonctions ou des emplois publics par la force des armes ou en usant de moyens qui enfreignent ou ignorent les lois que cette Constitution établit. Les actes vérifiés par de telles autorités sont nulles. Le peuple a le droit de recourir à l’insurrection pour défendre l’ordre constitutionnel ».

Le 24 Janvier 2018,

Contact : contact1@franceameriquelatine.fr