- Honduras : Zelaya, démocrate ou « putsch-au-crime » rectifie quelques fausses informations parues dans la presse - Honduras – Un pays soumis par des élections illégitimes par Adolfo Pérez Esquivel, prix Nobel de la paix. - Au Honduras, les putschistes se parent de légitimité Entretien avec Julio Navarro, sociologue à l’Université pédagogique Francisco Morazan du Honduras, paru dans l’Humanité

Bref rappel des faits

Le 28 juin, le président Manuel Zelaya fut enlevé à son domicile (en pyjama) et envoyé au Costa Rica à partir de la base militaire aérienne de Soto Cano qui abrite un contingent militaire US. Le conflit ouvert existait entre le président et la hiérarchie des forces armées alliées à l’oligarchie hondurienne et à l’impérialisme états-uniens, à cause du rapprochement avec l’ALBA. Le 21 septembre, Zelaya revient clandestinement au Honduras et se réfugie à l’Ambassade du Brésil où il se trouve encore à ce jour. Le 29 novembre ont eu lieu des élections dans un climat de violence, de censure et de violations des droits humains. Lobo, un homme de droite qui avait appuyé le coup d’Etat fut élu avec une participation très faible. Pour l’instant, il n’y a que les Etats-Unis, le Costa Rica, le Panama, le Pérou et la Colombie qui ont reconnu ces élections. Lobo prendra ses fonctions le 27 janvier.

La résistance du peuple hondurien

Ce pays, qui fut en quelque sorte le symbole même d’une république bananière a surpris par l’immense mobilisation de la population contre le coup d’Etat, une mobilisation qui ne s’est pas arrêtée à ce jour. Elle a payé un tribut très lourd. Le comité de défense des droits humains du Honduras (CODEH) dénonce le fait que des centaines de personnes sont persécutées et détenues. Parmi les faits récents, il dénonce les harcèlements envers les paysans de la zone de l’Aguan par la police et des groupes paramilitaires au service de producteurs latifundistes. Le journaliste indépendant César Silva a été séquestré et torturé. Les médias opposés au coup d’Etat subissent une constante répression. Ainsi, il y a quelques jours la radio communautaire des Garifunas a été complètement saccagée. Beaucoup de membres du Front National de Résistance ont dû fuir le pays. Pendant ces 6 derniers mois, le comité a enregistré 4 200 violations des droits humains, 130 assassinats de membres de la résistance, cinq jeunes ont été massacrés pendant des manifestations, plus de 3000 arrestations. Les médias reçoivent des menaces. Radio Globo et canal 36 furent fermés et occupés par des militaires.

Le président Manuel Zelaya considère le coup d’Etat comme étant la plus grande crise politique de la région depuis les conflits armés des années 1980.

Sur le plan économique, politique et social, il y a des pertes incalculables. L’insécurité a augmenté, le chômage aussi du fait de licenciements dans les entreprises. Les effets du coup d’Etat se font aussi sentir dans les pays voisins affectant le commerce. Le sommet centraméricain qui devait avoir lieu au Costa Rica en décembre fut suspendu. Les négociations avec l’Union Européenne prévues début 2010 sont paralysées.

Le président du Costa Rica qui avait initialement condamné le coup d’Etat et avait servi de médiateur dans la crise hondurienne, proposant la restitution de Zelaya dans ses fonctions, cherche maintenant à faire reconnaître les élections du 29 novembre. A présent le pouvoir actuel cherche à la fois l’impunité de tous ceux qui sont impliqués dans le coup d’Etat et de faire porter la faute aux militaires en demandant un ordre de capture du chef de l’Etat Major, le général Roméo Vasquez et de cinq autres militaires. Le Parlement a ratifié la sortie de l’ALBA à quoi le président vénézuélien Hugo Chavez a répliqué que c’était déjà le cas du fait du coup d’Etat. La situation au Honduras est donc plus que confuse et surtout inquiétante.

Quelques réflexions du journaliste Toni Solo. (Extraits) À ce jour personne ne connaît avec certitude le nombre de votants lors des dernières élections. Mais, au fond, cela n’a pas d’importance car ces élections furent illégitimes du fait qu’il n’y avait pas de liberté d’expression, que l’opposition n’a pas eu la possibilité de faire campagne, qu’il régna un climat d’oppression et de persécution. Toni Solo préconise aussi de ne pas accepter la terminologie des auteurs du coup d’Etat. Lors que Pinochet prit le pouvoir, les Etats-unis ne savaient comment appeler ce gouvernement et lui donnaient le nom « gobierno de facto », ce qui fut repris pour Micheletti. Mais un gouvernement de coup d’Etat ne mérite pas la reconnaissance de gouvernement. C’est donc la raison fondamentale de refuser les élections du 29 novembre. Et de ce fait, parler du pourcentage d’abstention suppose reconnaître ces élections illégitimes. Les Etats-Unis et l’Union Européenne cherchent à trouver une équivalence entre ce régime issu du coup d’Etat de Pepe Lobo et le gouvernement légitime de Daniel Ortega au Nicaragua. L’opposition au Nicaragua crie qu’elle est opprimée par le gouvernement sandiniste, qu’il n’y a pas de liberté d’expression, que Daniel Ortega est pire qu’Anastasio Somoza. Ces mensonges ridicules sont répétés au niveau national et international par la dictature médiatique de la famille Chamorro et leurs sympathisants. Et c’est cette opposition qui accuse faussement le Conseil Suprême Electoral d’avoir couvert une fraude massive lors des élections municipales de novembre 2008. Sur la base de ces fausses accusations, l’Union Européenne et les Etats-unis ont coupé l’appui économique au gouvernement du Nicaragua. A présent les pays du bloc occidental – surtout les Etats-Unis, le Canada et l’Union Européenne – affirment vouloir aider de nouveau à la fois le Nicaragua et le Honduras au prétexte de ne pas appauvrir davantage les populations. Mais avec cette attitude, ils contestent la légitimité du gouvernement sandiniste au Nicaragua et renforcent la légitimité du régime issu du coup d’Etat du Honduras. Une région centraméricaine divisée et affaiblie convient parfaitement aux Etats-Unis freinant ainsi l’avancée de la révolution bolivarienne.