Cinq journalistes assassinés au cours du seul mois de mars 2010, 150 exécutions extrajudiciaires depuis le coup d’Etat du 28 juin 2009, toutes attribuées à des groupes de paramilitaires contractés par le nouveau régime, ne suffisent pas pour attirer l’attention de la presse internationale qui continue à s’acharner sur Cuba et le Venezuela mais garde le silence sur ce qui se passe au Honduras.

Le Front National de Résistance Populaire (FNRP), le collectif des artistes en résistance, entre autres, condamnent l’escalade de la violence et réclament des manifestations de solidarité internationale. Le 1ier mars 2010, le journaliste Joseph Hernandez fut tué par balle et sa collègue Carol Cabrera blessée ; Le 10 mars, David Enrique Meza fut assassiné, le 15 Nahum Palacios Artaga et le 27, ce fut le tour de José Bayardo Mairena et Manuel de Jesus Juarez. Un autre journaliste, José Aleman dû quitter le pays précipitamment après avoir échappé de justesse à un assassinat en pleine rue et vu son domicile criblé de balle. Il s’était réfugié dans un commissariat de police où on lui fit savoir qu’on ne pouvait pas assurer sa sécurité.

En ce qui concerne les « défenseurs de la presse » comme Reporteurs sans Frontières, le Commitee to Protect Journalists, la Sociedad interamericana de prensa, tous observent une discrétion, diamétralement opposée à l’attitude agressive et politisée dont ils font preuve envers Cuba et le Venezuela.

Pour la plateforme des Droits Humains, il s’agit d’une « stratégie de terreur, de neutralisation et de persécution contre les opposants au coup d’Etat et au gouvernement de facto et elle demande donc « l’intervention de la communauté internationale et des organisations internationales des droits humains pour que le régime actuel arrête cette vague de criminalité et procède à des enquêtes ».

Le conflit dans la vallée de l’Aguan de la région atlantique et le combat du mouvement unifié paysan « MUCA » (movimiento unificado de los campesinos del Atlántico)

Après des années de lutte et une forte militarisation de cette zone, un accord est enfin intervenu entre le gouvernement et le « MUCA ». La base a accepté la proposition du gouvernement de restituer 11. 000 hectares de terre, en partie plantés de palme africaine.

À partir du 18 avril, plus de 2 600 familles ont commencé à réintégrer les terres qui furent usurpées par les riches propriétaires terriens Miguel Facussé, René Morales et Reinaldo Canales. Des 28 coopératives qui constituent le « MUCA », seulement trois ont décidé de ne pas signer l’accord, tant que les jugements en cours n’auront pas abouti.

Sous un contrôle militaire et policier sans précédent, le président Porfirio Lobo arriva a la ville de Trujillo, dans la vallée de l’Aguan pour signer l’accord. Rudy Hernandez, membre de la commission de négociation, rappela la perte de plusieurs compagnons car, en effet, six paysans ont été assassinés.

La signature de l’accord fut aussi l’occasion pour les avocats de « MUCA » de demander l’arrêt de la répression contre les organisations paysannes. Actuellement il y a plus de 200 procédures judiciaires en cours contre des membres de ces organisations et la vague de répression et de militarisation ne s’est pas arrêtée.

Des milliers de paysans et paysannes défilent dans la capitale pour demander une réforme agraire intégrale

Au Honduras, 300.000 familles, soit environ 1,5 million de personnes n’ont pas accès à la terre et 200.000 autres ne possèdent que de 1 à 3,5 hectares de terre. Cette situation dramatique est la cause du niveau élevé de la pauvreté dans un pays pourtant riche en ressources naturelles. La population rurale vit en moyenne avec 1 $US par personne par jour, mais presque la moitié vit avec des revenus inférieurs à 0,5 $US et environ 25% avec seulement 0,25$US.

Actuellement le Honduras est devenu l’un des principaux producteurs de grains de base en Amérique Centrale, mais il ne couvre que la moitié de ses besoins. Chaque année il doit importer plus de 10 millions de quintaux de maïs, 500 000 quintaux de riz et 200 000 quintaux de haricots. La sécurité alimentaire n’est donc pas assurée et ce problème s’aggrave avec la monoculture de la palme africaine.

Ce sont surtout les pays industrialisés qui poussent à cette monoculture de la palme africaine pour satisfaire leurs besoins en énergie par les « biocombustibles ».

La situation demande donc des mesures urgentes pour un changement radical dans l’agriculture. Pour faire la réforme agraire intégrale demandée par les paysans, il sera nécessaire de faire un recensement des terres non cultivées au niveau national.

Les organisations paysannes, dont un grand nombre de femmes, demandant l’égalité dans la distribution des terres se sont jointes à la base de la résistance pour une grande marche vers le centre de la capitale.

En plus de la réforme agraire, les manifestants exigent la libération de tous les paysans emprisonnés dans la région de l’Aguan, la démilitarisation de cette zone et une assemblée constituante démocratique, participative et populaire.