Actuellement, les armées de plusieurs pays, inclus le mien (Galeano est uruguayen) continuent à occuper Haïti. Comment se justifie cette invasion militaire ? Il paraît qu’Haïti met la sécurité internationale en péril. Rien de neuf. Tout au long du XIX ième siècle Haïti constituait une menace pour la sécurité des pays qui continuaient à pratiquer l’esclavage. Thomas Jefferson a déjà dit : d’Haïti vient la peste de la rébellion… Et au XX ième siècle, Haïti fut envahi par les « marines » avec lé prétexte que ce pays n’était pas sûr pour ses créanciers étrangers. Les envahisseurs commencèrent à s’approprier les douanes et remirent la Banque Nationale à la City Bank de New York. Ils y étaient et restèrent pendant 19 années.

Le passage de la frontière entre la République Dominicaine et Haïti s’appelle « El mal paso » Ce nom est peut-être un signal d’alarme : vous entrez dans un monde noir, la magie noire, la sorcellerie… Le vaudou, la religion que les esclaves ont emmené avec eux d’Afrique et qui a pris racine en Haïti, ne mérite pas de s’appeler religion. Depuis le point de vue des propriétaires de la Civilisation, le vaudou est une chose des nègres, de l’ignorance, du retard, pure superstition. L’Eglise catholique qui ne manque pas de fidèles qui vendent des ongles des saints et des plumes de l’archange Gabriel, a réussi que cette superstition fut officiellement interdite en 1845, 1860, 1896, 1915 et 1942, sans que le peuple en tînt compte. Mais depuis quelques années déjà, les sectes évangéliques se chargent de faire la guerre contre la superstition en Haïti. Ces sectes viennent des Etats Unis, un pays qui n’a pas de 13 ième étage dans ses édifices, ni de passage 13 dans ses avions et où habitent des chrétiens civilisés qui croient que Dieu fit le monde en une semaine. Dans ce pays, le prêcheur évangélique Pat Robertson explique à la télévision le tremblement de terre de 2010. Ce pasteur d’âmes révéla que les noirs haïtiens avaient conquis l’indépendance de la France par une cérémonie vaudou, invoquant l’aide du Diable du fond de la forêt haïtienne. Le Diable qui leur donna la liberté, envoya le tremblement de terre pour leur passer la note.

Jusqu’à quand les soldats étrangers resteront-ils en Haïti ? Ils sont venus pour stabiliser et aider, mais cela fait 7 années qu’ils sont là sans aider et en déstabilisant un pays qui ne les aime pas. L’occupation militaire d’Haïti coûte aux Nations Unis plus de 800 millions de $US par an. Si les Nations Unis destinaient ces fonds à la coopération technique et à la solidarité sociale, cela permettrait à Haïti d’utiliser son énergie créatrice au développement. Et ainsi le pays serait sauvé de ses sauveteurs armés qui ont une certaine tendance à violer, tuer, et de donner en cadeaux des maladies fatales.

Haïti n’a pas besoin que quelqu’un vienne pour multiplier les calamités. Il n’a pas non plus besoin de la charité de personne. Comme le dit si bien un vieux proverbe africain « la main qui donne est toujours au-dessus de la main qui reçoit » Mais Haïti a besoin de solidarité, de médecins, d’écoles, d’hôpitaux, et d’une vraie solidarité qui rend une renaissance de sa souveraineté alimentaire possible, celle que le Fonds Monétaire, la Banque Mondiale et d’autres sociétés philanthropiques ont assassiné.

Pour nous, les latinoaméricains, cette solidarité est un devoir de gratitude et serait la meilleure façon de dire merci à cette petite grande nation qui en 1804 nous a ouvert, par son exemple contagieux, les portes de la liberté.

(Cet article est dédié à Guillermo Chifflet qui fut obligé de renoncer à la Chambre des Députés d’Uruguay pour avoir voté contre l’envoi de soldats à Haïti.

La MINUSTAH Effectifs au 31 mai 2011 :

12.270 effectifs en uniforme, dont 8.720 soldats et 3.550 policiers, appuyés par 542 fonctionnaires internationaux, 1.210 fonctionnaires nationaux et 231 volontaires de l'ONU 
Pays contribuant avec du personnel militaire : 
L'Argentine, la Bolivie, le Brésil, le Canada, le Chili, l'Équateur, les États-Unis, les Philippines, la France, le Guatemala, le Japon, la Jordanie, le Népal, le Paraguay, le Pérou, la République de Corée, le Sri Lanka et l'Uruguay.

Pays contribuant avec du personnel de police :

L'Argentine, le Bangladesh, le Bénin, le Brésil, le Burkina Faso, le Burundi, le Cameroun, le Canada, le Tchad, le Chili, la Chine, la Colombie, la Côte d'Ivoire, la Croatie, l'Égypte, le Salvador, l'Espagne, les États-Unis, la Fédération Russe, les Philippines, la France, la Grenade, la Guinée, la Guinée-Bissau, l'Inde, l'Indonésie, la Jamaïque, la Jordanie, le Kirghizstan, la Lituanie, Madagascar, le Mali, le Népal, le Niger, le Nigeria, la Norvège, le Pakistan, la République Centrafricaine, la Roumanie, le Rwanda, le Sénégal, la Serbie, le Sierra Leone, le Sri Lanka, la Suède, la Thaïlande, la Turquie, l’Uruguay et le Yémen.


Budget :

853.827.400 dollars US (pour la période du 1 juillet 2010 au 30 juin 2011) 

Pays membres du Conseil de Sécurité de l’ONU :

Cinq membres permanents: la Chine, la France, la Fédération de Russie, le Royaume-Uni de Grande-Bretagne et d'Irlande du Nord et les États-Unis d'Amérique 
10 membres non permanents : l'Allemagne, Bosnie-Herzégovine, le Brésil, la Colombie, le Gabon, l'Inde, le Liban, le Nigeria, le Portugal, l'Afrique du Sud.



Le 15 octobre, la décision pour le prolongement ou non de la MINUSTAH sera prise. INTI a signé la campagne pour le non-renouvellement le 30 septembre 2011