La dernière victime de cet affrontement fut Elias Charly Taylor qui est mort à la suite de blessures par balles dans la communauté Sulun le 24 avril 2013 lorsqu’il revenait d’une manifestation contre la destruction de la forêt.

Cette protestation – commencée en février 2013 – a attiré l’attention du gouvernement de gauche de Daniel Ortega et a mis sur la place publique le problème de la destruction de cette zone qui, lorsqu’elle fut déclarée Patrimoine de l’Humanité par l’UNESCO en 1997, s’étendait encore sur plus de deux millions d’hectares en espèces forestières et de forêt tropicale humide.

Une étude publiée en 2012 par la Société allemande de coopération internationale, l’Union Nationale des agriculteurs et éleveurs, l’Union Européenne et Oxfam a conclu que si la déprédation en cours continuait, la réserve de BOSAWAS aurait disparu en 24,4 ans et la zone périphérique (zone tampon ou d’amortissement tout autour de la réserve) en 13,3 ans.

La vie forestière en retrait


Les Mayangnas vivent de la chasse, de la pêche, de l’élevage d’animaux pour la consommation, de la cueillette de fruits et de graines, ainsi que de tubercules cultivés selon les méthodes ancestrales. Mais cette forme de vie a été bouleversée par les paysans envahisseurs.

« Ils tirent sur tout, brûlent tout, empoisonnent l’eau des rivières et coupent des arbres gigantesques qui nous ont donné ombre et protection pendant des années, et ils s’avancent de plus en plus » affirme Genaro.

« On ne voit déjà plus le tapir et les pumas ; les ocelots sont partis de la zone et l’on n’entend plus le chant des milliers d’oiseaux qui annoncent la pluie. Les grands poissons des rivières ne se rencontrent plus. Tout disparaît. »

Selon l’écologiste Kamilo Laro de l’ONG « Foro Nacional de Reciclaje » (Forum Nacional du Recyclage), plus de 96 500 ha de la réserve de BOSAWAS ont été détruits. L’activiste ajoute que 55% de la forêt de la zone périphérique où environ 20.000 paysans métis se sont installés fut rasé pour le commerce du bois et la culture de grains destinés à la commercialisation. Il estime aussi que cette zone périphérique qui était à l’origine de 5 500 km2 s’est ainsi démesurément agrandie…

Le représentant de l’UNESCO au Nicaragua, Juan Bautista Arrien dit qu’il est urgent de prendre des mesures afin de protéger aussi bien la communauté indigène que la nature.

La réaction officielle

Face à la dénonciation des indigènes et aux remarques des écologistes, le gouvernement de D.Ortega a commencé à prendre quelques mesures pour lutter contre la déprédation. Il a autorisé l’usage de la force par l’envoi de 700 militaires du bataillon écologique de l’armée nicaraguayenne et autant de policiers pour contrôler la violence entre colons et indigènes.

De même, une commission composée d’autorités nationales est chargée de coordonner d’appliquer avec fermeté les sanctions prévues contre les personnes et organisations qui enfreignant les lois.

Après avoir visité la zone au début du mois de mai 2013 et constaté « in situ » les dommages, est paru le décret n°15-2013 créant la commission interinstitutionnelle permanente pour « la défense de la Mère Terre dans le territoire des indigènes et descendants d’Africains de région Caraïbe ».

Cette commission aura pour mission de fortifier le régime d’autonomie de la Côte Caribéenne et de garantir les droits de propriété en territoire indigène et de travailler ensemble avec les autorités communales et territoriales pour sauver la biodiversité de la réserve.

Ainsi, les personnes accusées de détruire l’environnement et d’attenter aux droits des indigènes seront poursuivis pénalement.

En effet, selon les statuts d’autonomie des régions de la Côte Atlantique nord et sud, seuls les membres des communautés indigènes ont le droit d’occupation et d’usufruit des territoires indigènes

Cirilo Otero, directeur du «Centre d’initiatives de politiques environnementales» et sociologue, donne son appui aux actions de protection, mais avertit cependant que l’application stricte de ces mesures, sans les accompagner d’une politique d’appui aux paysans qui envahissent la zone à cause de la pauvreté, court le risque de créer un autre conflit et de générer de la violence.

Le gouvernement a exposé le problème et a sollicité l’aide de la directrice de l’UNESCO, Irina Bokova. En attendant le pays essaie par ses propres moyens d’arrêter la destruction du dernier grand poumon d’Amérique Centrale.