Des milliers de torches ont accompagné le « peuple indigné », illuminant le chemin jusqu’aux environs du Palais présidentiel, endroit où huit jeunes se sont joints à une grève de la faim. Cinq autres personnes ont pris la même décision à San Pedro Sula.

Derrière le groupe des grévistes de la faim, se sont massés des centaines de militaires et de policiers menaçants tandis que le parking du Palais présidentiel s’est rempli de forces spéciales de l’armée et de la police fortement armées avec des blindés et des camions anti-émeutes faisant face au peuple réclamant la justice, le respect de la constitution, le jugement des corrompus et la fin de l’impunité.

Les manifestants exigent que la coopération internationale présente au Honduras cesse de financer les institutions répressives de l’Etat.


1ier juillet 2015

Selon le directeur de Radio Globo et Globo TV ; David Romero, sur les 330 millions de $US détournés de la Sécurité Sociale du Honduras par des hauts fonctionnaires de cette institution – actuellement détenus – 90 millions furent utilisés pour financer directement la campagne électorale du candidat président Juan Orlando Hernandez.

Selon Romero, toute la direction politique de l’Etat du Honduras était au courant de ce scandale, y compris l’ex-président Porfirio Lobo et l’actuel président.

Dans son communiqué, l’ « opposition indignée » exige la démission du président et la formation d’un gouvernement de coalition nationale pour établir les bases d’un processus démocratique juste et transparent, et de convoquer des élections générales anticipées.

Une nouvelle manifestation avec des torches a eu lieu le 3 juillet jusqu’au Congrès Nationale, en passant par le campement où dix « indignés » poursuivaient leur grève de la faim.

Le mardi suivant, sept indigènes Tolupanes de la tribu de San Francisco de Locomapa, se sont joints à la grève.

6 années de lutte et de résistance populaire au Honduras

Ricardo Ellner – Rebellion – 2/7/2015

Extraits

La réponse à la consultation populaire exigée par une grande majorité de la population, fut le coup d’Etat du 28 juin 2009, mais pour y faire face, c’est à ce moment-là qu’est né le « Frente Nacional de Resistencia Popular » (FNRP), et depuis lors, sans relâche, il dénonce par ses manifestations de rue la crise du néolibéralisme et exige la transformation de l’Etat par une Assemblée Nationale constituante.



La réalité hondurienne

Pour la bourgeoisie, la révolution signifie seulement morts, violence et désordre.

Mais pour un peuple qui vit dans la misère, une révolution signifie libération, changement et le début d’un nouvel ordre.

Après le coup d’Etat, les gouvernements nationalistes de Juan Hernandez et Porfirio Lobo ont converti le Honduras en un pays remplis de haine, de calamités et de violence.

Depuis ce jour où l’ex-président José Manuel Zelaya a été contraint à s’exiler, les assassinats firent partie de la politique d’Etat.

Ainsi jusqu’à ce jour, 53 journalistes et activistes sociaux ont été assassinés ; 96% de ces crimes sont restés impunis.

La paysannerie a été empêchée par la violence de travailler la terre ce qui a coûté la vie à 192 paysans et paysannes ; 94% de ces crimes sont restés impunis.

La violence contre les femmes fut particulièrement terrible : de juin 2009 à juin 2015, 3.129 femmes ont été assassinées et 95% de ces crimes sont restés impunis.

Les enfants et les jeunes ont particulièrement souffert des conséquences du coup d’Etat.

Pendant cette période entre 2009 et 2015, 5. 649 enfants et jeunes ont été assassinés (près de 1.000 chaque année) avec 96% d’impunité.

À cela s’ajoute l’émigration : l’Office des douanes et protection de la frontière des Etats-Unis a enregistré 32.496 migrants non accompagnés d’origine hondurienne.

Et si comme cela ne suffisait pas, le dernier rapport 2014 sur la prévention de la violence de l’OMS (Office Mondial de la Santé) nous dit que le Honduras demeure le pays le plus violent du monde avec un taux d’assassinats de 85,5 pour 100 000 habitants. Ces choses sont particulièrement graves, même si gouvernement conteste ce chiffre en mettant en avant un taux de 66,49 assassinats pour 100.000 habitants.

C’est pour lutter contre les violations répétées des droits humains et le déchainement de la violence que la résistance hondurienne se mobilise dans les rues.

Contre la dictature

Depuis 34 jours, il y a des mobilisations quotidiennes dans plus de 70 villes au niveau national et international, exigeant la démission d’Hernandez, la fin de l’impunité et de la corruption des partis politiques. Elles mettent en accusation le Parti National, pour avoir détourné 350 millions de dollars US provenant des cotisations des ouvriers à l’Institut Hondurien de Sécurité Sociale (IHSS) pour financer la campagne électorale de celui qui est aujourd’hui le président.

Ces mobilisations massives forment la plateforme exigeant la réunion une Commission internationale contre l’impunité au Honduras (CICIH) et la fin de la dictature qu’Hernandez a installée et qui s’est accompagnée de la militarisation de la société aux dépens de l’éducation, de la santé, et spécialement des femmes et des jeunes.

Brèves du Honduras

Les organisations de la Plateforme agraire régionale de la « Valle del Aguan » ont alerté la communauté nationale et internationale sur le fait que la communauté de Penome de la municipalité de Trujillo a fait l’objet d’une occupation militaire pour intimider les chefs communautaires qui veulent célébrer le 3ième anniversaire de l’assassinat de Gregorio Chavez.

30 juin

Les entrepreneurs du mégaprojet touristique INDURA RESORT continuent d’exercer des pressions pour s’emparer du territoire occupé par le peuple Garifuna depuis 1885.

Les Garifunas sont de plus en plus menacés d’expulsion de la côte caribéenne.

Ils n’ont aucune confiance dans les tribunaux du pays.

À noter que la valeur de la maison de l’épouse du Président de la République, première dame du Honduras à Miami est l’équivalent de 485 années de travail d’un ouvrier hondurien.