L’étude de l’UNESCO révèle qu’il y a une brèche de connaissances entre les élèves des écoles publiques et privées, ces derniers ayant en général plus de ressources socio-économiques et un milieu plus favorable à l’étude.

La proportion d’enfants âgés de 4-6 ans ayant la possibilité de fréquenter la maternelle est encore très faible. Selon le rapport de l’UNESCO de 2004, elle n’atteignait que 27% au Nicaragua.

La situation a dû s’améliorer un peu depuis cette date.

Doris_Primaires.jpeg Doris Elèves ayant terminé l'enseignement primaire au Doris

Même si les écoles accueillent des enfants handicapés, les enseignants ne sont souvent pas formés pour leur donner l’éducation dont ils ont besoin. Et comment s’occuper d’eux individuellement dans des classes surchargées ?

La scolarité primaire universelle n’est pas encore atteinte au Nicaragua, elle se situe à 82%. Pour le secondaire, elle se situe à 36%. (les chiffres récents n’étant pas disponibles, la situation s’est sans doute un peu améliorée)

Le gouvernement devra aussi prendre des mesures pour prolonger la scolarité à 12 ans car actuellement seulement les 6 années d’enseignement primaire sont obligatoires.

La qualité de l’éducation

En 2000, le rapport « Demain est trop tard » avait signalé l’alarmant retard accumulé par les pays d’Amérique Centrale pour relever leurs défis éducatifs : une gestion centralisée inefficiente et peu favorable aux innovations, un investissement insuffisant et inéquitable, la faible valorisation du métier d’enseignant, conséquence, en partie, du niveau à la faiblesse des salaires, et enfin, l’absence de normes d’évaluations pour mesurer les résultats des élèves.


Les évaluations des apprentissages des élèves révèlent un niveau modeste. Les résultats obtenus dans les tests sont décourageants et posent sérieusement la question de la qualité de l’enseignement.

Ainsi, au Nicaragua, moins de 8% des élèves du CE2 atteignent le niveau considéré comme « performance élevée » en espagnol et en mathématique et ce pourcentage s’abaisse à 3% pour le Honduras.

Ainsi le niveau éducatif atteint par la population reste globalement insuffisant.

Malgré l’extension de la couverture scolaire dans l’enseignement de base, on constate encore l’existence de niveaux élevés d’analphabétisme.

Une des voies pour réduire les inégalités à l’école est de concentrer les ressources disponibles sur les élèves les plus défavorisés, donc de repenser les politiques actuelles de financement tournées davantage vers l’enseignement supérieur, pour les réorienter vers le préscolaire et le secondaire.

Pour améliorer la motivation des enseignants, il faut mettre en œuvre une politique plus juste des salaires. Les enseignants devront attendre 2019 pour atteindre le salaire moyen de 2014 dans les autres pays d’Amérique centrale, soit 33O $US.

Le salaire actuel est de 216 $US dans le primaire et 233 $US dans le secondaire.

Dans tous les pays d’Amérique centrale, Honduras, Guatemala, Costa Rica, les enseignants ont de meilleurs salaires. Ici le peu qu’ils gagnent les obligent à survivre en faisant d’autres travaux parce que leur salaire ne leur permet pas de vivre dignement. De ce fait, ils n’ont pas le temps de préparer leur classe et ils sont réticents de participer à des journées de formation.

Au Nicaragua il y a 36000 enseignants en maternelle et primaire et 10 000 dans les collèges.

Pour le père Fernando Cardenal (qui fut ministre de l’éducation dans les années 80) une meilleure rémunération est nécessaire pour stimuler les enseignants car leur situation économique affecte la qualité de l’enseignement.

Le recteur de l’université de Managua UNAN s’inquiète du fait que ce métier ne soit plus attrayant pour les bacheliers. Pour compléter les 1170 places vacantes pour les études d’enseignants les membres de son université ont dû se rendre à la campagne et proposer des bourses pour que les bacheliers optent pour ce métier.

Autre sujet de préoccupation : le nombre de jours de classe au Nicaragua. En 1962, le Conseil Culturel et Educatif de l’OEA avait signé un accord sur l’éducation de base, établissant que tous les pays signataires s’engageraient à avoir 200 jours de classe dans l’année scolaire. Actuellement seul le Costa Rica en a 205, le Guatemala et le Honduras 180, le Panama 190, et le Nicaragua 169. De plus, ces 169 jours sont théoriques, car il faut tenir compte de la perte de jours de classe à cause de festivités variées : la préparation de la fête des Mères, la célébration du 19 juillet, les « fiestas patrias »

La qualité de l’enseignement ne progresse guère : on habitue les enfants à faire travailler leur mémoire mais pas du tout la compréhension des textes. Les mathématiques et les sciences sont considérés comme des matières « difficiles » et de nombreux enseignants n’hésitent pas de décourager les enfants à faire des études scientifiques. Certes à présent, avec l’ordinateur, l’enfant peut avoir accès à des informations à la fois instructives et ludiques. Des vidéos nous permettent de découvrir qu’on peut enseigner avec des méthodologies très attractives. Mais l’enfant attend que le maître soit son guide. Sans un bon maître, la meilleure technologie ne crée pas de changements.

Dans la période récente, le gouvernement a multiplié les formations technologiques ainsi que l’enseignement par correspondance, mais les informations manquent pour en mesurer les effets.

La capacité de l’école à être accueillante ou excluante

Les programmes d’étude sont conçus pour les écoles urbaines, alors que 40% des élèves nicaraguayens sont dans des écoles rurales. On attend qu’ils s’adaptent à l’école et non que l’école s’adapte à eux, ce qui est le signe d’une école excluante. A chaque rentrée scolaire, le gouvernement distribue des ustensiles scolaires et des chaussures. Les enfants ont aussi droit toute l’année à un goûter ce qui représente une aide non négligeable pour les familles.

L’année dernière 720 des 1,5 millions d’élèves de l’enseignement primaire et secondaire présentant un handicap furent intégrés dans les établissements publics et privés. Le Nicaragua participe à la campagne pour l’éducation incluante qui est en cours dans 30 pays d’Amérique Latine, Asie et Afrique et dont le but est de promouvoir un monde sans discrimination.

La fondation Los Pipitos agit depuis longtemps dans ce sens. Tous les ans le Téléton récolte des fonds en faveur des enfants et jeunes handicapés (avec la participation d’élèves du Doris)

Depuis trois ans le professeur Yadis Emmanuel Huembes donne des classes de soutien aux sourds muets du collège Tomas Borge à Mateare. Il milite pour un programme d’études plus adapté aux enfants avec le syndrome de Down et en général pour que les établissements scolaires soient équipés afin de permettre l’accès aux handicapés physiques.

Selon le Ministère de l’Education, 25 écoles d’éducation spécialisée fonctionnent au pays et accueillent environ 3000 enfants et jeunes.

Une information toute récente du 16 avril 2017 nous apprend que la Banque Mondiale vient d’ approuver un prêt de 55 millions de $US destiné à l’éducation dans le cadre des objectifs 2017-2021 de l’amélioration de la qualité éducative et de soutien aux progrès observés les dernières années.

Ce crédit est remboursable en 20 ans avec une période « de grâce » de 5 ans.

Ce projet inclut :

- le renforcement des capacités pédagogiques des enseignants de la maternelle, primaire et secondaire

- l’amélioration des infrastructures pour rendre les écoles plus sûres et moins vulnérables aux désastres naturels

- des cours de formation continue et accompagnement pédagogique pour environ 52 000 enseignants

- du matériel didactique pour les élèves et les enseignants

- la construction de nouvelles écoles