Un peu d’histoire

Les pays d’Amérique centrale ont une histoire commune, en particulier la colonisation par les Espagnols de tout l’isthme, constituant ainsi une seule province. Les colons se dédièrent alors à différentes activités, en particulier au commerce de produits agricoles et d’élevage. Après l’indépendance (1821), les pays devinrent surtout des fournisseurs de matières premières. Un groupe social très influent a surgi, lié à cette exportation.

L’influence idéologique et culturelle des pays européens et états-uniens a abouti à la division des oligarchies créoles en deux courants politiques : les conservateurs et les libéraux.

Mais dans le nouveau modèle politique la population indigène était discriminée :

- négation de l’héritage précolombien

- la représentation politique réservée pratiquement aux blancs, les indigènes étant forcés d’abandonner leur héritage culturel

- le modèle des colons restait en vigueur.

La subordination aux intérêts des puissances économiques (notamment des USA) influença ainsi durablement les politiques économiques, commerciaux et éducatives.

L’éducation en Amérique Centrale

- Dans la société précolombienne, l’éducation des peuples mayas et maya-quichés se faisait par la transmission des connaissances des anciens aux jeunes, concernant aussi bien les coutumes religieuses que les pratiques traditionnelles en agriculture, surtout la culture du maïs. Elle était différente pour les filles et les garçons.

- Pendant les 300 années de la colonie, l’éducation fut le privilège des classes dominantes et répondait aux intérêts de leur classe. Elle était entre les mains de l’église catholique et était marqué par l’inégalité entre garçons et filles. L’éducation servait à reproduire le modèle socio-économique de cette époque. Ce n’est qu‘après l’indépendance que les Etats prirent progressivement la responsabilité à intégrer tous les citoyens. L’enseignement privé resta admis.

Les universités

Les premières universités s’ouvrirent au 16° siècle sur le modèle européen. Au début l’enseignement se faisait encore en latin. Mais c’est surtout au début du 19° siècle que deux nouveaux modèles surgirent, l’un issu de la Révolution française avec comme principale caractéristique le contrôle central de l’Etat. Ce modèle fut remplacé par le modèle allemand qui se caractérise par l’autonomie et l’importance de l’enseignement de la science.

La première université en Amérique Centrale fut fondée au Guatemala à la fin du 17° siècle. Ce n’est qu’un siècle plus tard que se créa l’Université de León au Nicaragua. Actuellement, en Amérique centrale existent 84 universités privées et 201 universités publiques.

L’objectif initial était de former des cadres pour l’église catholique et les autorités coloniales afin de remplacer peu à peu les fonctionnaires espagnoles par des citoyens créoles.

A partir de la 2ième moitié du 20° siècle surgirent les dictatures militaires en réaction au triomphe des mouvements de gauche.

Pendant les différentes guerres de libération, les universités ont joué un rôle important, aussi bien idéologique que militaire, avec une grande participation des étudiants et des enseignants.

A la fin du 20° siècle, une fois les mouvements de gauche écrasés, le modèle libéral s’implante dans toute la région.

Pour l’éducation supérieure cela signifie le gel des fonds, l’abandon de la responsabilité de l’Etat pour l’évaluation et l’accréditation des institutions éducatives, la privatisation de l’éducation à tous les niveaux.

L’enseignement

Dans tous les pays d’Amérique Centrale l’éducation est un droit. Les objectifs des systèmes éducatifs sont très similaires.

- La formation intégrale des citoyens

- L’apprentissage des valeurs de solidarité, de respect des droits humains, de respect de la nature, de la démocratie et des différentes cultures, d’une manière pacifique de vivre ensemble.

Ce qui les différencie et la façon d’obtenir ces objectifs dépend de la conception idéologique des forces politiques au pouvoir.

Le Guatemala

- gratuité de l’éducation publique

- liberté de choisir le type d’enseignement

- obligation de l’entreprise privée de proposer des formations

- priorité à l’éducation bilingue dans les zones indigènes et à l’alphabétisation en général

La loi de l’éducation stipule parmi d’autres

- Formation intégrale de l’élève

- Cultiver les valeurs de la protection de la nature et de la personne

- Formation des citoyens à la conscience critique de la réalité nationale afin de pouvoir promouvoir la recherche de solutions économique, sociales et politiques justes

- Former l’élève à ce qu’il contribue au renforcement d’une authentique démocratie et à l’indépendance économique, politique et culturelle à l’intérieur de la communauté internationale

A cause du conflit armé que le pays a subi pendant des décennies, le gouvernement a ajouté une série d’accords (en 2011) parmi lesquels :

- Participation des citoyens aux discussions de politiques éducatives

- Axer l’enseignement sur les valeurs morales et culturelles, le vivre ensemble démocratique, les droits humains, la diversité culturelle, le travail, la protection de l’environnement, participation, concertation et culture de la paix

El Salvador

Former les citoyens à l’amour de la patrie avec un profond respect de la dignité humaine, aptes à construire une société démocratique qui concilie les intérêts individuels avec ceux de la communauté, qui protège l’environnement et développe des sentiments de solidarité et de compréhension entre les nations

Le Nicaragua

A la différence des autres pays, le Nicaragua n’a adapté une législation plus adaptée du processus éducatif qu’il y a quelques années. La loi générale de l’éducation établit en 2006 comme principale but, le plein développement de la personne.

- L’accès à la science, la technologie et la culture

- l’acquisition d’une capacité critique qui promeut le développement scientifique et technologique en vue d’une amélioration de la qualité de vie de la population

- préparer les citoyens à l’égalité des opportunités dans les différentes situations de la vie où ils peuvent exercer un rôle dans la société

Costa Rica

Ce pays, contrairement aux autres pays d’Amérique centrale n’a connu aucun conflit armé depuis la moitié du 20ième siècle ce qui a abouti à une grande stabilité politique, économique et sociale.

La législation du système éducatif date de 1957, même s’il y a eu quelques adaptations au contexte actuel.

La liberté d’enseignement, l’obligation de 9 années de scolarité et la gratuité sont les principaux piliers de l’enseignement au Costa Rica.

Les objectifs sont :

- promouvoir la formation de citoyens qui aiment leur patrie, avec un profond sentiment de responsabilité et de respect des droits humains

- démocratie, tolérance et participation citoyenne

Panama

Le pays avait établi une loi de l’éducation en 1946 qui s’est depuis adaptée aux nouvelles réalités, parmi elles :

- impulser et fortifier le folklore et les expressions artistiques de toute la population, des groupes ethniques du pays, ainsi que la culture régionale et universelle

- stimuler l’habitude de l’épargne, le coopérativisme et la solidarité ‘en 2011)

Quelques données socioéconomiques

L’Amérique centrale occupe à peu près 2,7% de la superficie de l’Amérique Latine, mais 7,2% de sa population (2011)

Les pays avec la plus forte densité d’habitants sont :

El Salvador avec 298,4 habitants au km2, le Guatemala avec 132, et le Costa Rica avec 91, le Nicaragua étant le moins peuplé avec 44,5, pratiquement à égalité avec le Panama (2010)

La part de la population rurale en Amérique Centrale représente le double de celle de autres pays d‘Amérique Latine : 41,4% en Amérique centrale contre 20,5% en Amérique Latine.

Honduras 49,5% suivi du Guatemala 42,8% et le Nicaragua 41,7
%

Le Guatemala, le Honduras, El Salvador et le Nicaragua ont la population la plus jeune d’Amérique Centrale.

Cela signifie qu’ils doivent consacrer un budget plus important pour les programmes éducatifs et de santé.

- La moyenne de scolarisation des jeunes de 18-24 ans est de 36,9% en milieu urbain et de 15,4% en milieu rural.

- Le taux de fécondité le plus élevé se rencontre au Guatemala et au Honduras. C’est aussi dans ces deux pays que l’espérance de vie est la plus faible.

- Les personnes en situation de pauvreté se trouvent dans les zones rurales au Honduras et au Nicaragua (les sources datent toutefois de 2007)

La pauvreté oblige les enfants et les jeunes à s’intégrer dans des activités productives. En moyenne 10,9% des 14-17 ans travaillent en plus de leurs études

)




PIB en $US/habitant (2015) Panama 6 471,7- population en millions 3,9 - revenu national brut par hab. et parité de pouvoir d ‘achat en $US 18 192

PIB en $US/habitant (2015) Costa Rica	6 308- population en millions	4 ,9	-revenu national brut par hab. et parité de pouvoir d ‘achat en $US	13 413
PIB en $US/habitant (2015 El Salvador	3 424,3-population en million	6,4	-revenu national brut par hab. et parité de pouvoir d ‘achat en $US	 7 349
PIB en $US/habitant (2015)  Guatemala	2 634-population en millions	15,9	-revenu national brut par hab. et parité de pouvoir d ‘achat en $US	 6 929
PIB en $US/habitant (2015)   Honduras	1 916-population en millions	8,3	-revenu national brut par hab. et parité de pouvoir d ‘achat en $US	 3 937,7
PIB en $US/habitant (2015)  Nicaragua	1 069,6-population en millions 6,2	-revenu national brut par hab. et parité de pouvoir d ‘achat en $US	 4 456,5


Observation : Le PNUD établit une comparaison des pays membres de l’ONU à travers l’IDH (indice de développement humain) qui se veut plus riche et plus réaliste que la simple comparaison du PIB. Pour cela il corrige ce dernier par un indice de parité de pouvoir d’achat. En effet si certains produits technologiques ont un prix presque identique au Nicaragua qu’en France, ce n’est pas le cas de la nourriture et du logement.

Les pays d’Amérique Centrale se rencontrent parmi les 40 pays les plus inégaux du monde (2011)

Le Honduras occupe la place 138 (sur 147 pays)

Panama 136, Guatemala 134, Nicaragua 124, El Salvador 105

Une des conséquences de ces inégalités est l’analphabétisme et la dénutrition qui est le plus élevée au Guatemala, suivi du Nicaragua et de Panama.

Si le Costa Rica est le pays avec le plus bas indice de dénutrition, il présente le plus fort pourcentage de jeunes avec du surpoids.

Il est significatif qu’un pourcentage non négligeable de bébés naisse avec un poids inférieur à la moyenne quand les mères sont dénutries.

La mortalité infantile reste aussi élevée (entre 20 et 25 pour 1000 nouveau-nés) sauf au Panama et au Costa Rica.

Un autre phénomène que l’on peut observer est le redoublement scolaire. En Amérique Centrale environ 5O% des élèves de 6ième sont des redoublants. Ce chiffre s’élève à 80% dans le secondaire (2007)

En dehors des conséquences de la pauvreté qui se reflètent dans la dénutrition et la santé, s’ajoute le manque de ressources des parents pour financer le matériel nécessaire pour assister à l’école.

L’habitat joue aussi un rôle dans la réussite scolaire. Dans la région existe un grand déficit d’habitations qui se reflète dans l’entassement, l’insalubrité et les maladies. C’est particulièrement le cas au Nicaragua tandis que le Costa Rica présente les meilleures conditions. A ceci s’ajoute qu’un pourcentage important de la population n’a pas accès ni à l’eau potable ni à l’électricité.

La différence dans l’usage d’Internet est flagrante. Si au Costa Rica et au Panama 43,7 et 43,4% ont Internet, il n’est que de 20,7 au Salvador, 16,5 au Guatemala, 13,1 au Honduras et 11,7 au Nicaragua.

Par contre les personnes qui ont accès à Internet font un grand usage des réseaux sociaux.

Et il faut observer aussi l’importance de la téléphonie mobile au Nicaragua, 114 abonnements pour 100 habitants alors qu’en France le taux est de 1004. Beaucoup d’usagers utilisent leur smartphone pour se connecter et il y a des accès Wifi dans de nombreux parcs publics.

Le chômage touche toute la population centraméricaine. Il affecte surtout les femmes et les jeunes.

Dans certains secteurs il manque du personnel qualifié. En moyenne seulement 4,6% des personnes de plus de 25 ans ont des études universitaires complètes et ce pourcentage diminue considérablement dans des pays comme le Guatemala (1,7%) et le Nicaragua (1,8%) (données de 2010)

L’insécurité est un autre facteur qui affecte le développement de la région

Homicide par 100 000 habitants – PNUD 2014

El Salvador 41,2

Guatemala 39,9

Honduras 90,4

Nicaragua 11,3

Panama 17,2

Costa Rica 8,5

C’est au Guatemala et au Salvador qu’il y a le plus de vols. Les auteurs des délits sont en grande majorité des jeunes entre 14 et 17 ans qui ne travaillent pas et ne vont pas à l’école (14,2%) et ce pourcentage augmente) 22% pour les 18 à 24 ans.

La désertion scolaire (données de 2007)

Sur 100 élèves inscrits en première année de primaire, combien terminent le secondaire, soit après 11 années de scolarité ?

Guatemala 12

Honduras 40

Salvador 42

Nicaragua 26

Costa Rica 60

Panama 56

Pourcentage de réussite en lecture et mathématiques en 3ième année de primaire

Guatemala - lecture 13% -mathématiques10
%

Honduras -lecture 13% -mathématiques 11
%

Salvador -lecture 28% -mathématiques 16
%

Nicaragua -lecture 16% -mathématiques 12
%

Costa Rica -lecture 55% -mathématiques 63
%

Panama -lecture 20% -mathématiques 12
%



Pourcentage d’enseignants diplômés par niveau


Guatemala pas de données disponibles

Salvador - primaire 93,2 - secondaire 87,5

Honduras -primaire 36,4 -secondaire -

Nicaragua -primaire 72,7 -secondaire 58,9

Costa Rica--primaire 86 -secondaire 83

Panama-primaire 91,3 -secondaire 90,7

Nombre d’années de scolarisation

Panama 12,3 – Costa Rica 13,9 – Nicaragua 11,5 – Salvador 12,3 – Guatemala 10,9

Evaluation et accréditation

De nouvelles universités ont proliféré et entrent en concurrence avec les universités de l’Etat. L’évaluation et l’accréditation universitaire est aussi un processus politique puis que ses objectifs vont dépendre des conceptions idéologiques et des intérêts des classes dominantes. Il existe dans l’isthme des organisations chargées de l’évaluation et d’accréditation.

Le CCA (Conseil Centraméricain d’accréditation de l’Education supérieur) s’est créé en 2003 au Panama. L’existence de cet organisme régional est un avantage pour les universités car il facilite la reconnaissance des titres universitaires.

Guatemala

L’éducation supérieure publique est coordonnée par l’Université de San Carlos et le Conseil Supérieur Universitaire (CUS)

L’éducation supérieure privée est à la charge d’un Conseil composé par 2 délégués de l’université nationale, 2 délégués des universités privés et un délégué des collèges professionnels. Il y a aussi une agence spécifique pour les carrières de l’agronomie.

El Salvador

En 2008 s’est créée une commission d’accréditation par un décret présidentiel. Elle est composée de 7 membres nommés par le Ministère de l’éducation et le conseil de l’éducation supérieure.

Honduras

En 2010 le Conseil de l’Education supérieure a approuvé la création du système hondurien d’accréditation de la qualité de l’éducation supérieure ayant comme objectif de garantir un service de qualité.

Nicaragua

En 2011 entre en vigueur la loi 704 qui a créé le système national pour assurer la qualité de l’éducation et réguler l’organisation et le fonctionnement du Conseil National de l’évaluation et d’accréditation du système éducatif national (CNEA)

Cette loi oblige notamment les institutions d’éducation supérieure à :

- posséder un plan de développement stratégique et les mécanismes de suivi et d’évaluation

- proposer au moins 4 carrières professionnelles

- les enseignants doivent avoir au minimum le grade académique qui est proposé et la connaissance spécifique de la matière qu’ils enseignent.

Costa Rica

L’Assemblée Nationale a promulgué en 2002 la loi du système nationale de l’accréditation de l’Education supérieure (SINAES). L’accréditation est valable 4 ans et un renouvellement doit être sollicité.

La loi exige :

_ être autorisé pour opérer au Costa Rica comme institution d’éducation supérieure universitaire

_ d’avoir des dispositifs internes pour réaliser des auto-évaluations

_ de ne pas avoir été sanctionné

Panama

C ‘est en 2006 que l’Assemblée nationale a créé le système national d’évaluation et d’accréditation par la loi n° 30

Actuellement la participation des universités au processus d’évaluation et d’accréditation est volontaire.

Le Guatemala n’a pas de système d’évaluation.

CONCLUSIONS

L’éducation est un processus social dont l’objectif est reproduire le système socio-économique du pays. Pour cette raison n’importe quelle analyse éducative doit prendre en compte le contexte dans lequel il se déroule.

_ La région centraméricaine est conformée par un ensemble de pays avec une grande densité de population par rapport au reste de l’Amérique Latine

_ La population est très jeune. Le taux de fécondité est supérieur à 2%, sauf au Costa Rica et au Panama où l’espérance de vie est de 79 ans tandis qu’elle est entre 70 et 76 ans dans les autres pays.

_ La moitié de la population est pauvre et presque 7% vivent l’extrême pauvreté, surtout en milieu rural.

_ Le Costa Rica et Panama ont un PIB par tête s’élève à environ le double de la moyenne des autres pays de l’isthme

_ La pauvreté et l’inégalité font que 14% des centraméricains sont dénutris, le plus affecté étant les enfants de moins de 5 ans.

_ Les pays les plus pauvres de la région souffrant d’un déficit d’habitations décentes entre 40 et 60%, il en résulte l’absence d’espace personnel et d’un minimum de confort comme l’eau courante et l’électricité.

_ Beaucoup de parents émigrent à la recherche d’un emploi et les enfants sont laissés à la charge des grands-parents ou autres familiers qui ne surveillent pas suffisamment la scolarité.

_ La scolarisation des 5-17 ans oscille entre 78 et 91% dans la région. Toutefois plus de la moitié de ceux qui assistent à l’école ont déjà redoublé ou abandonné l’école pendant une période.

_ Beaucoup d’enseignants n’ont pas une formation suffisante (environ 24% des instituteurs et 20% dans le secondaire) On devrait aussi ajouter la faible rémunération des enseignants.