lundi 9 juillet 2018, 13:51

Nicaragua – par Jorge Capelan – le 1 juin 2018

Cet article a été écrit pour répondre à une campagne de désinformation dans les pays scandinaves.

Larges extraits

_ Jusqu’il y a peu de temps, le Nicaragua fut un pays exemplaire en Amérique centrale, une des régions les plus violentes du monde.

_ Les indices de criminalité furent les plus bas d’Amérique Latine

_ La croissance économique, entre 4 et 5%, fut la deuxième de la région, après Panama

_ C’était un des pays d’Amérique Latine avec la plus forte réduction de la pauvreté absolue et relative.

_ C’était le seul pays de la région qui produisait lui-même 90% des aliments consommés

_ C’était un des rares pays d’Amérique Latine et du tiers-monde qui produisait tous les livres scolaires pour tous les niveaux, de la primaire à l’université et pour l’Education des adultes

_ Il avait réussi à freiner l’exode vers les Etats-Unis

_ Il était en train de se convertir en une destination touristique mondialement reconnue par les voyageurs à la recherche de paix, de tranquillité et d’expériences culturelles saines et respectueuses de l’environnement

_ Il avait atteint un niveau de participation politique de la femme qu’on ne trouve que dans les pays développés

_ Il avait réussi à freiner les cartels de la drogue et du le crime organisé.

En quelques semaines cette image de développement humain et soutenable au milieu d’une région centraméricaine souffrant de misère et de criminalité a été sérieusement endommagée.

Pourquoi ? Parce qu’on est en présence d’une rébellion populaire contre un régime injuste et tyrannique ? NON !

Ce qui se passe au Nicaragua n’est pas une insurrection populaire, mais une opération de changement de régime. Le peuple n’accule pas le gouvernement, ce sont des groupes de l’extrême droite appuyés par des bandes de délinquants qui ont pris en otage la population depuis des semaines, ce alors les forces de l’ordre ont reçu des ordres stricts de ne pas quitter leurs installations pour réprimer les terroristes.

Ce que font les supposés « paladins de la démocratie » au Nicaragua, c’est couper les routes empêchant les gens d’aller au travail, les paysans à sortir leurs récoltes, les personnes âgées et les malades à percevoir leurs retraites et à obtenir des médicaments, aux enfants et jeunes d’aller étudier. Ils menacent les gens, interdisent de les filmer, les séquestrent …. En plus, ils saccagent et brûlent les biens publics, les centres de santé, les ambulances, les écoles, les bureaux du FSLN.

Qui est derrière ce « golpe blando » (coup d’Etat de faible intensité) au Nicaragua ?

a) Des secteurs de l’élite au pouvoir des Etats Unis et de l’Europe…. L’extrême droite de Miami. La sénatrice Ileana Ros-Lehtinen est, par exemple, la principale instigatrice de l’infâme « Nica Act », une proposition de loi destinée à ce que les Etats Unis votent contre tout prêt des organisations internationales au Nicaragua. À noter que l’agence suédoise pour le développement finance depuis des dizaines d’années les réseaux antisandinistes au Nicaragua.

b) La Colombie

Pour le narcotrafic et le crime organisé international la déstabilisation du Nicaragua est un butin appréciable. Michael Healy, l’actuel « entrepreneur leader » des fascistes de Managua est le gérant général des groupes sucriers CASUR dont le capital est colombien à 60%. Or il est impliqué dans le trafic de drogue. Rappelons que rien que l’année dernière, 27 tonnes de drogue furent saisies au Nicaragua

c) L’élite financière locale

Pendant des années ils ont reproché au gouvernement sandiniste son alliance avec le secteur privé. Puis, du jour au lendemain, les têtes visibles du capitalisme national ont fait cause commune avec les insurgés de l’extrême droite.

Cela demande une explication.

L’économie du Nicaragua repose surtout sur les secteurs populaires qui produisent plus de 50% du PIB et génèrent plus de 70% des emplois dans le pays. Une autre source importante des revenus est constituée par les « remesas’ (l’argent envoyé par les Nicaraguayens à l’étranger) qui vont directement à ce secteur de l’économie.

Au Nicaragua, il y a eu une importante redistribution de la terre, produit de la révolution de 1979 et les accords de paix dans les années 1990. Aujourd’hui 80% de la terre est entre les mains de petits et moyens producteurs alors qu’en 1997 les propriétaires de plus de 500 manzanas contrôlaient la majorité des terres.

De plus, depuis 2007, le gouvernement sandiniste a remis 100 000 titres de propriétés à la campagne et en ville attribuant ainsi des moyens de production qui ne sont pas dans la logique de l’économie capitaliste. Cette base économique permet que 90% de toute la nourriture qui se consomme soit produite au Nicaragua lui-même. Il faut noter que des secteurs entiers de l’économie comme le transport et une grande partie du tourisme sont contrôlés par des coopératives et des entreprises familiales.

Il faut souligner que c’est le secteur privé de l’entreprise qui a le moins augmenté ses investissements pendant le gouvernement sandiniste. Alors il ne restait plus au gouvernement que le choix entre, d’une part, l’investissement étranger direct et, d’autre part, les investissements de Etat lui-même et le secteur de l’économie populaire.

Soulignons que dans leur grande majorité, les entrepreneurs nicaraguayens souhaitent un pays stable. Mais ce n’est pas le cas de quelques dirigeants liés à la finance internationale, aux entreprises transnationales qui, eux, se moquent du fait que le Nicaragua soit détruit.

Quelques exemples :

Michael Healay, actuel porte-parole des insurgés est un simple employé d’une entreprise au capital colombien, José Adan Aguerri, président du COSEP (Conseil Supérieur de l’entreprise privée) La famille Pellas. Pierre Coen, l’homme le plus riche du Nicaragua et 7ième en Amérique Centrale.

Eux pensent que le déchainement de la violence est « le prix à payer » pour en finir avec le président Daniel Ortega.

Alors que quand les bandes cherchent à incendier les marchés, elles s’attaquent à toutes les micro/petites et moyennes entreprises qui sont la base de l’économie du Nicaragua.

d) Les élites politico-médiatiques et ecclésiastiques locales

En premier lieu, la famille Chamorro qui contrôle le quotidien « La Prensa », « Confidencial » de Carlos Fernando Chamorro qui reçoit l’argent de USAID, « 100% Noticias » de Miguel Mora, recruté par le CIA, « Radio Corporacion ».

Le MRS, le Mouvement de Rénovation Sandiniste lié à l’extrême droite, même si ses membres se disent socio-démocrates. L’année dernière, leur dirigeante, Margarita Vigil, est allée embrasser Ileana Ros-Lehtinen, la promotrice de l’infâme Nica Act.

Depuis plusieurs années des ONGs des Etats-Unis et de l’Union Européenne financent des « cours de leadership »

La hiérarchie et d’autres structures catholiques travaillent ouvertement contre la ligne du Pape Francisco qui, lui, promeut le dialogue et la sortie pacifique du conflit.

Des évêques, comme Silvio Baez, appellent à l’insurrection armée. L’évêque Abelardo Mata de Esteli a pratiquement fait une déclaration de guerre au gouvernement lors de la première session du dialogue. Le chef de la conférence épiscopale, le cardinal Jaime Brenes se montre très passif face à la belligérance des évêques. On voit des religieuses célébrer la destruction des « arbres de vie » par des vandales.

Il est absolument nécessaire de faire des investigations complètes de ce qui s’est passé les premiers jours du conflit. Il est certain qu’il y a eu des actes de violence des deux côtés, mais il est aussi certain que la police du Nicaragua ne s’est jamais montrée brutale lors des manifestations sociales.

Des citoyens, des propriétaires de commerces cherchent aussi à se défendre contre les saccages de groupes de délinquants.

Dans l’hypothèse où la situation au Nicaragua se dégraderait encore, il y a un risque non négligeable de déstabilisation de toute la région avec la tentative de milliers de migrants de partir vers les Etats Unis et de l’explosion de l’activité du narcotrafic et du crime organisé.


Que ceux qui promeuvent ce « Coup d’Etat doux » répondent alors à quelques questions :

S’ils gagnent que feront-ils des milliers et même des millions de sandinistes qu’il y a au Nicaragua ?

Pensent-ils pouvoir contrôler le pays ? S’ils se croient nombreux, pourquoi ne vont-ils pas aux élections, d’autant plus qu’on leur donne toutes les garanties, avec des observateurs internationaux et toutes sortes de contrôles ? Ne serait-ce pas qu’en réalité ils ont peur de ne pas pouvoir les gagner légalement ?

Qu’ils disent clairement ce qu’ils pensent faire du pays !

Qu’ils disent comment ils vont résoudre le déficit de la sécurité sociale ? De quelles poches sortira l’argent ? Comment éviteront-t-ils la privatisation de la Sécurité Sociale ?

Qu’ils disent à quel prix ils pensent vendre les hôpitaux publics modernes, construits à partir de rien par le sandinisme.

Qu’ils expliquent au peuple comment ils vont résoudre cette alliance de défenseurs de l’avortement avec les conservateurs de l’Eglise catholique radicalement opposés ?

Ils devront expliquer comment ils peuvent développer l’économie du pays en brûlant les marchés populaires.

Ils devront expliquer au peuple comment ils entendent faire pour éviter la vente des centaines de milliers de propriétés de la campagne et de la ville à cause du chômage ?

Qu’ils expliquent à tous les étudiants universitaires ne participant pas aux protestations mais qui ont perdu une année comment ils leur rendront le droit à la paix, au futur et aux études…

Malheureusement, face aux événements actuels, on ne peut que ressentir une grande tristesse devant le grand silence de beaucoup d’intellectuels de la gauche latino-américaine...