J’ai ainsi traduit ou résumé quelques passages de ce livre qui se superposent dans ma tête avec les événements vécus.

Eduardo Montealegre, le banquier « blanc », candidat du PLC (droite) Alexis Arguëllo, champion de boxe au teint basané, candidat du FSLN (gauche), différence physique, différence de classe sociale, chez les candidats à la mairie de Managua

L’inconscient collectif des Nicaraguayens d’origine nahuatl, du Pacifique avant la « Conquista » « Ouvert au monde précolombien, guerrier en défense de son territoire, fuyant l’esclavage, défendant sa liberté, même avec des armes, respectant l’égalité entre l’homme et la femme, profondément humain et sans peur de l’au-delà, ayant une attitude philosophique religieuse face à la vie, prenant des risques, parfois téméraire, mais solidaire, orienté vers l’organisation sociale, drôle, irrévérent, presque irresponsable, fractionné en deux moitiés confrontées mais qui tendent vers l’unité »

L’histoire du Nicaragua commence avec la Conquista. Un cataclysme social pour les populations indigènes. Ce n’est pas qu’il n’y eût pas d’histoire avant ou qu’ils ne l’eussent pas répertoriée, mais les colonisateurs se sont chargés de détruire les documents et tout ce qu’ils trouvèrent. Ensuite, ils ont escamoté et falsifié ce qui resta, la tradition orale incluse. Mais la conquête a uni les populations d’origine, celle des Chorotegas et des nagrandos – non celles d’origine chibcha-arahuaco qui resta toujours isolée, s’unissant à d’autres cultures pour garantir leur survie, et qui continue à l’être aujourd’hui, au début du XXI ème siècle. Quant à l’unité des deux branches de la population d’origine de la plaine du Pacifique, nous proposons une hypothèse contraire à l’histoire officielle qui considère Diriangén, utopiste, impétueux, opportuniste et Nicarao, visionnaire, ouvert au développement de l’humanité, à l’Histoire. Et aussi contraire à l’histoire alternative qui est aussi mauvaise ou peut-être pire et qui affirme que Nicarao fut un traître et Diriangén un patriote…… Les faits historiques montrent que les deux caciques agirent en défense de leurs états tribaux, se considérant comme un seul peuple.

Afin de préparer l’entrevue entre le conquérant Gonzalez Davila et le cacique Nicarao, il y eut un premier accord national entre Nicarao et Diriangén pour garantir la sécurité de leurs états tribaux, Nicarao dirigeant la stratégie idéologique (face à l’activisme religieux du conquérant) et Diriangén la stratégie militaire. Cela se passait le 5 avril 1523

Au Nicaragua – contrairement à ce qui se passait dans les autres pays, par exemple au Mexique- aucun état tribal ne s’est associé au conquérant pour combattre l’autre. La défaite des peuples originaires n’a pas annulé la nécessité de l’unité, mais n’a pas permis le dépassement définitif de la contradiction ancestrale entre les deux tribus. Cette contradiction resta gravée dans l’inconscient collectif et réapparaît quasi immédiatement dans le métisse tout au long de l’histoire nationale. La population d’origine, envoyée comme esclave, surtout pour la conquête du Pérou, fut en grande partie décimée et le métissage s’imposa dans toute l’Amérique. À partir de ce moment, deux nouvelles caractéristiques feront partie de l’inconscient collectif du nouveau Nicaraguayen, le Nicaraguayen métisse. Par la branche native, la tendance à l’accord politique dans les domaines de la défense nationale. Par la branche espagnole, la division sociale, séparant une nouvelle fois le peuple en deux partie : l’une majoritaire s’identifiant avec son ascendance native, refusant le conquérant et l’esclavage et l’autre impulsant exactement le contraire en s’identifiant avec le conquérant et sa voracité pour l’or, la richesse comme trésor, pour justifier l’oppression sociale. L’identification avec le conquérant est presque complète dans les classes supérieures et diminue rapidement au fur et à mesure que baisse le niveau socio-économique. Le machisme se substitue à l’égalité homme-femme. Dans l’inconscient collectif s’introduit aussi la peur panique de l’au-delà, produit d’une cosmogonie qui promeut le bien avec la menace de la souffrance éternelle, défendant et pénalisant les actions les plus triviales de la vie quotidienne, afin de préserver son hégémonie. Et même si officiellement le « feu éternel » n’existe plus, beaucoup d’années passeront, peut-être des centaines, avant que cette peur panique s’extirpe de l’inconscient collectif.

La colonisation dura trois siècles, jusqu’à l’indépendance, en 1921. Commencèrent ensuite les luttes pour le pouvoir entre libéraux et conservateurs. L’unité entre ces deux fractions se fit une première fois pour défendre l’Amérique Centrale contre le flibustier William Walker et un accord politique aboutit à un gouvernement à deux têtes, c’est-à-dire deux présidents ayant les mêmes fonctions (de juin à novembre 1857) et un projet d’unité nationale pour plus de trente années. Les agressions et les occupations venant des Etats-Unis, les luttes de libération de Sandino et plus tard du FSLN, tout cela laissa des traces profondes dans l’inconscient collectif des Nicaraguayens.

Revenant maintenant aux élections de cette année. C’était donc la première fois que j’étais présente pour les vivre en direct. L’approche des élections ne pouvait échapper à personne. Partout d’immenses banderoles et affiches, « Vamos por mas victorias » avec les portraits de Daniel Ortega et « Vamos con Eduardo » ou « Todos contra Ortega » du côté PLC. Tous les poteaux sont peints en rouge et noir et, sur les ronds-points de la capitale, campent des sympathisants du FSLN, agitant des drapeaux rouge et noir et bleu blanc bleu. Les banderoles « el amor es mas fuerte que el odio » (l’amour est plus fort que la haine) cherchent à compenser les attaques virulentes de la presse contre le gouvernement. La droite (PLC) a sans doute raison de dénoncer l’utilisation des bâtiments publics pour la propagande électorale du FSLN. Des camionnettes et voitures chargées de jeunes et moins jeunes agitant des drapeaux rouge et noir traversent bruyamment les rues de Managua, souvent accompagnées de musique. Je n’ai jamais entendu aussi souvent « la tumba del guerrillero », chanson de Mejia Godoy qui m’émeut toujours autant. Quelque peu effarés, nous demandons à nos amis le pourquoi de toute cette mobilisation pour des élections municipales. Elles sont en effet vues comme un référendum pour approuver les actions du gouvernement. L’enjeu est important car le fonctionnement des mairies sandinistes se fera avec l’organisation des comités du pouvoir populaire, instaurant ainsi une démocratie participative dans les communes. La presse (La Prensa, El Nuevo Diario) est hostile, dénigre tous les projets, parle bien avant le jour des élections d’une immense fraude électorale. Il y a des pages entières de publicité payée par des organisations, des appels de la droite à voter massivement pour faire tomber lune « dictature pire que sous Somoza » ! En province, la propagande est moins massive. Mais en arrivant à Chinandega, nous sommes accueillis par des haut-parleurs « Tous contre Ortega ». À Matagalpa, notre minibus est arrêté pendant ¾ d’heure par une caravane de la droite (PLC et avec la participation du MRS)

Le refus du gouvernement d’accréditer des observateurs internationaux pour les élections est très critiqué. L’opposition l’interprète comme une intention de fraude. Personnellement je comprends très bien l’attitude du gouvernement qui a trop longtemps subi l’ingérence étrangère. C’est une question de fierté. On n’exige pas des pays occidentaux l’envoi d’observateurs internationaux lors d’élections, à plus forte raison quand il s’agit d’élections municipales.

Le dimanche 9 novembre, la journée est tranquille, sans incident majeur, juste quelques réclamations à propos de certains bureaux de vote ayant fermé avant l’heure. Dans chaque bureau de vote, il y a des contrôleurs de tous les partis. Ils y sont depuis le dépôt du matériel électoral, y passent la nuit et restent jusqu’au transport sous escorte des bulletins vers le centre où le Conseil Supérieur Electoral commence le dépouillement. Il y a deux votes, l’un pour le maire et l’autre pour les conseillers. Tout est retransmis à la télé. Les premiers résultats préliminaires donnent un net avantage au FSLN, sauf dans certaines régions traditionnellement de droite, comme Chontales. Tout paraît clair et transparent. Vers 10h du soir, nous avons fait un tour dans Managua. C’était la joie et l’allégresse dans les rues. Partout des groupes agitant des drapeaux rouge et noir, ceux de la jeunesse et des femmes sandinistes. Le passage près d’un rond-point d’un quartier populaire fut particulièrement émouvant : des centaines de jeunes y étaient rassemblés, le visage rayonnant. Nous étions tous très heureux. Puis, le matin du 10 novembre, Montealegre conteste l’avantage du FSLN et se déclare vainqueur, alors que la totalité des votes n’est pas encore dépouillée et appelle ses sympathisants à défendre leur victoire. Et c’est là que tout bascule dans la violence. On voit des visages haineux, coléreux, des pavés commencent à voler, des abris sont renversés par les partisans de la droite, des motos sont brûlées. Les affrontements restent cependant limités à certains endroits comme Metrocentro et le Zumen. À un moment on parle de morts, mais par la suite la police apportera un démenti.

Devant la contestation de la droite qui va jusqu’à demander l’annulation des élections, il faudra attendre plusieurs jours avant de connaître les résultats définitifs.

105 des 146 mairies ont été gagnées par le FSLN

Il nous paraît important de signaler que 499 femmes ont été élues : 18 comme maires, 87 comme maires adjointes, 182, conseillères municipales, et 212, suppléantes.

Les maires prendront leurs fonctions le 10 janvier 2009

Les dégâts causés par l’ouragan FELIX ont empêché la réalisation des élections dans la zone de l’Atlantique Nord. Elles auront lieu le 18 janvier 2009. La campagne électorale a commencé le 4 décembre avec la participation des partis suivants : PLC, FSLN, ALN, PRN, Alliance chrétienne AC et des partis régionaux PAMUC et YATAMA. Les sandinistes se sont alliés à YATAMA dans les municipalités de Rosita, Bonanza, Siuna et Mulukuku et se présentent séparés à Waspam, Puerto Cabezas (Bilwi) et Prinzapolka. Actuellement Rosita, Siuna et Mulukuku sont gérées par des mairies PLC.