Mais quelques petits rappels:

19/07/1979 Triomphe de la révolution sandiniste, la guerre a fait 50000morts 1990 Après une guerre larvée (attaques des contras avec l'aide des USA) s'ouvre une ère néo-libérale, et ce pendant 16 ans. Cette ère néolibérale voit: • 285 000 postes de la fonction publique dont ceux de l'éducation sont supprimés, chute de. 44% des salaires L'analphabétisme augmente. Le manque de moyens logistiques et humains provoque la désertion scolaire. • Fin de la gratuité du service de santé. • Privatisation de l'eau, de l'énergie… • La politique des "maquilas" remplace la politique d'emploi.

2006 : Ortega s'allie avec d'anciens opposants dont l'église catholique (Monseigneur Obando) pour gagner les élections et prendre le pouvoir sans majorité. Il doit composer. Une scission a déjà eu lieu entre le FSLN / MRS

Depuis 2006 Quelques exemples de changements • Retour de la santé et de l'éducation gratuites. • Programme "hambre cero" (faim zéro) aides apportées en nature et en technique à des familles et à des femmes. Elles reçoivent une vache, une truie pleine, des poules... du ciment pour faire un enclos, une aide technique … Les bénéficiaires doivent avoir au moins un hectare. Des points de vente vendent des grains de base à très bon marché (haricots noirs , riz..)

En 2007 Le Nicaragua rejoint l'Alba (Alternativa Bolivariana para nuestra América); Ceci a permis une coopération solidaire, des accords énergétiques...

Le 15 juillet, nous arrivons à Managua. Rosario Pasquier qui dirige et suit un certain nombre de ces projets, nous attend à l'aéroport. Quel accueil! Je retrouve la même chaleur, le même enthousiasme, la même émotion. Nous voilà au centre Eduardo Contreras, nous sommes dans le bain dès le matin au milieu des enfants et de la communauté éducative.

1 Le CDI Eduardo Contreras, ce centre, qui a été fondé en 1984 avec un financement du ministère de l'intérieur, car il accueillait des enfants des combattants, n'a plus reçu d'aide après 90. En 1992, une association à but non-lucratif a été crée afin d'accueillir des enfants de la garderie (crèche), école maternelle et primaire jusqu'à 8 ans.

Le premier combat mené a été pour la propriété des lieux. Ce centre est aujourd'hui privé, les parents payent une participation, en fonction de leurs revenus. La solidarité internationale permet de percevoir des bourses pour les enfants et de payer le salaire du personnel éducatif. Aujourd'hui, le ministère donne des denrées pour les repas et subventionne les frais de fonctionnement (pas les salaires) Les enfants accueillis viennent de divers quartiers, leurs familles ont souvent de faibles revenus. Des enfants handicapés sont accueillis et intégrés dans les classes. Nous avons été impressionnées par le nombre et la qualité de l'encadrement qui permet une très bonne prise en compte des élèves à besoins spécifiques.

Dans ces centres, agréés par le ministère de l'Education nationale, au CDI E Contreras comme à l'école "Doris Maria Morales Tijerino" qui accueille les élèves de 8 ans jusqu'au bac, nous avons rencontré des enseignants qui réfléchissent à l'élaboration des programmes qu'ils appliquent dans leur classe, des enseignants qui se forment et qui sont eux-mêmes formateurs

Le centre "Doris Maria Morales Tijerino" a une annexe : El « comunal Angelita Morales". Cette école s'adresse à des enfants ou jeunes qui n'ont jamais été scolarisés et qui sont intégrés dans des classes en fonction de leur maturité et de leurs connaissances et non selon leur âge. Ce centre va travailler en fonction de l'orientation des élèves. Il va permettre de développer diverses compétences qui leur ouvriront les portes d'un métier comme la boulangerie. Les élèves fabriquent un pain délicieux qui est vendus lors d'événements organisés. Ceci permet au centre d'avoir quelques revenus. D'autres se forment au jardinage (plantation de bananes dans le centre…) Dans ces centres, nous avons été agréablement surprises par la place des ateliers d'art plastique. Des ateliers de peintures qui fonctionnent aussi le samedi matin et qui favorisent l'imagination de tous ces enfants tout en leur donnant des techniques. Nous avons rencontré une jeune peintre, une jeune artiste Mélida Campbell qui est une animatrice de ces ateliers de peinture en lien avec l'association Constellation.



2- La Casa Comunal San Cristobal à Chinandega Nous nous rendons à "la casa comunal San Cristobal", dans un quartier populaire, barrio Roberto Gonzalez, de Chinandega ville au Nord du Pays. Cette "casa comunal" est un centre social ou maison polyvalente gérée par un groupe de mères (mères de héros de la révolution, pour certaines) qui permet de mener différentes activités comme un atelier de couture, un autre de beauté, de peinture, de guitare… .Ces mères font des repas qu'elles vendent afin d'avoir quelques revenus. Elles avaient aussi accueilli des sinistrés lors des inondations de l'ouragan Mitch. Dans cette "casa " comunal", un groupe de jeunes se réunit. Gelsomina , Martha, Mireya, nous accueillent, un repas nous sera servi, les jeunes ont participé à son élaboration, d'ailleurs, on fête l'anniversaire de Freddy un des membres du groupe. Un moment d'échanges très émouvant et sympathique a lieu. Les mères nous parlent des ateliers qui ont permis aux jeunes femmes d'avoir une première formation, elles ont pu, ensuite, en suivre une autre, impartie par le gouvernement; avec succès, et elles ont ainsi eu un diplôme leur permettant de le monnayer sur le champ de l'emploi. Leur rôle dans la promotion, l'insertion est très important. Ces mères vont nous parler du micro-crédit qu'elles ont mis en place et qui est repris par le groupe de jeunes, ils nous l'exposeront lors d'une réunion. Le micro-crédit s'adresse à des personnes qui n'ont pas de moyens, qui sont seules. Le gouvernement a mis en place le plan "usura cero" (usure zéro) qui est réservé à un groupe solidaire de 5 à10 femmes. Or, si la femme est seule, si elle a peur de se lancer collectivement, le gouvernement ne l'aide pas, alors le groupe des mères ou des jeunes de la "casa comunal"peut lui permettre de bénéficier de ce micro-crédit pour un petit projet souvent de survie. Cette casa accueille aussi des fêtes, des réunions d'information sur divers thèmes, des ateliers de peinture pour les enfants… Les jeunes, eux rêvent d'être les vecteurs de la formation d'autres jeunes, en divers domaines. (Comptabilité, travaux manuels ou artisanaux, peinture, musique…) Ils développent leur projet" Fondo", micro-crédit pour les jeunes.

La personne demandeuse doit s'adresser à un des jeunes, le bureau des jeunes en débat, choisit et donne son accord selon des critères définis. La personne demandeuse doit être cautionnée par quelqu'un qui a des revenus, qui travaille. Il y a différents types de prêts ; ils peuvent se faire sur 2 ans, avec un intérêt à 4%.par mois

Ils nous montrent leur livre de comptes, tout à l'air sérieux mais ils ne doivent pas rentrer illégalement en concurrence avec les banques ou organismes de crédits. Nous leur conseillons de créer une coopérative, une forme juridique pour continuer et se développer sans souci. Rosario accélérera le processus, Ada pourra les conseiller. Ces jeunes ont d'autres projets: • Organiser des séances de cinéma pour les enfants du quartier. • Organiser des débats Un ordinateur et vidéo projecteur leur permettraient ce type d'activités.

La casa comunal n'a pas de téléphone, pas de connexion internet. Ceci est primordial pour communiquer, aller chercher de l'information.

Ils aimeraient disposer d'un photocopieur qui serait utile pour le quartier et pour les membres de la casa comunal une imprimante serait déjà utile)

Ils désirent se former pour animer des ateliers d'artisanat (bijoux…) comme ils le font, par exemple, avec les enfants en peinture (Freddy s'en charge avec le soutien de l'association Constellation)

Nous leur avons demandé d'écrire leurs projets, de les justifier et surtout de présenter un budget. Ils doivent aussi choisir des priorités. Ces jeunes qui sont pour la plupart étudiants à Léon (boursiers, ou travaillant pour se financer) nous ont impressionnés par leur investissement, par l'esprit de solidarité.

Rencontre avec des paysans de coopératives dans la Région de Matagalpa.

Nous avons été accompagnées par Kevin, l'agronome qui conseille et suit les projets de ces coopératives de petits producteurs. Nous avons été reçues par des paysans, des femmes qui travaillent dans ces coopératives. La 1ére est une coopérative de légumes: brocolis, coriandre…Nous avons appris qu'il n'y avait pas de jachère, la terre produit tout le temps, il y a des rotations de cultures, plusieurs récoltes par an. L'arrosage se fait par des tuyaux, l'engrais et bio, mais l'herbicide est chimique! Les paysans nous expliquent qu'ils se regroupent pour obtenir des crédits, être formés, être plus protégés. La coopérative vend aux supermarchés La 2e coopérative est une coopérative biologique de café, de fleurs, de plantes médicinales. C'est une coopérative qui regroupe de nombreuses femmes qui commercialisent les plantes médicinales. Un médecin biologiste les conseille et les aide pour rédiger les étiquettes (posologies) et pour organiser la distribution. Ces femmes font aussi de l'artisanat. Des prêts de l'Etat leur permettent d'investir et de se former…


Lors de notre séjour, nous avons été reçues chez un peintre à Managua, qui a bénéficié du " plan techo" (maisons dignes) un programme de construction de petites maisons payables en 20 ans. Cette petite maison de 3 pièces + salle de bain, cuisine et un petit jardin se trouve dans un quartier construit ainsi pour des familles monoparentales, des fonctionnaires... Ce programme d'habitat comprend aussi l'amélioration ou la réparation de maisons précaires.


Nous avons visité une maison de l'association de la culture (ex CPC) à San Juan del Sur qui intervient dans les écoles de la région, qui développe des activités de récupération et promotion du patrimoine culturel (musique, danse..) Ces associations ne sont plus aidées depuis 1990 et ne sont toujours pas subventionnées. Cette maison a reçu son titre de propriété et pour avoir des revenus nécessaires au fonctionnement, salaires, elle doit créer des activités payantes pour les touristes (cours d'espagnol, de salsa, des fêtes…) La maison organise aussi des concours d'écriture, de poésie.

Toutes ces initiatives montrent la volonté des Nicaraguayens de vivre dignement.

Le 19 juillet

Un grand moment, nous avons été impressionnées par la mobilisation, le sérieux du rassemblement (200 000 personnes sur la place). Les gens semblaient heureux, les mots d'ordre étaient repris, les gens chantaient, dansaient.. sans débordement.

Les discours des représentants étrangers ainsi que celui de Daniel Ortega étaient centrés sur la situation aux Honduras. Tous dénonçaient le gouvernement" puchiste", le rôle des faucons américains et apportaient leur soutien au peuple hondurien et à son président. D Ortega ne s'est pas étendu sur la situation intérieure, mais a insisté sur le danger pour toute l'Amérique Latine et Centrale d'un tel coup d'Etat. Il a annoncé comme l'ont fait Evo Morales, Correa, Chavez, Zelaya la possibilité de consulter le peuple par voie de référendum pour modifier la constitution et pouvoir peut-être briguer un nouveau mandat. La presse (La Prensa, Nuevo diario) s'est déchaînée. Toute la presse est aux mains de l'opposition et fait feu de tout bois. Les résultats, lors des élections municipales ont été remis en question par certains. Il n'y avait pas d'observateurs internationaux donc le front sandiniste a été accusé de fraude électorale en particulier à Managua.

Un autre débat ne fait pas l'unanimité, même chez les militantes fidèles, c'est la loi sur l'interdiction de l'avortement thérapeutique. Ortega a fait des concessions aux églises, et la population bien que profondément croyante n'adhère pas à cette position. L'attitude du couple présidentiel est critiquée car ils ont refusé de recevoir des ONG à ce sujet.

Si des blagues fusent sur le couple présidentiel et surtout sur la première dame, les Nicaraguayens que nous avons rencontrés ont de l'espoir, ils voient une amélioration de leurs conditions de vie. Dans un contexte particulier, j'ai retrouvé un peuple mobilisé, solidaire. J'ai trouvé un pays social, avec un président omniprésent, qui essaie d'avoir un contrôle sur les aides qui arrivent, qui évolue dans la ligne de L"ALBA . Toutes les mesures en faveur de plus de justice sociale sont louables, J'ai une impression très positive surtout envers la population pauvre.

Cette année est l'année de la réconciliation proposée par le Nicaragua, nous avons participé aux journées " Education à la paix et à la réconciliation en Amérique centrale avec Piedad Cordoba, Rigoberta Menchu, Juan Almendares…, je vous en parlerai.

Pilar de Bernardy