Les Nahuatls sont venus du Mexique et se sont répandus dans presque tout le territoire du Nicaragua ; ce sont eux qui ont laissé le plus de traces. Dans leur culture, ils pensaient que lors de la mort d’une personne, Xolotl venait pour aider l’âme à passer dans le royaume des morts. Le lac de Managua ou Xolotlan signifie le lac consacré à Xolotl. Et ce n’est qu’un exemple parmi les innombrables noms de villages, rivières etc. Les Chorotegas sont venus du sud du Mexique, plus précisément du Chiapas. Ils s’étaient établis dans la région de Managua, Masaya, Granada, Carazo, Nueva Segovia et ont donné leurs noms à Diriamba, Nindiri etc (diri signifie mont) Les Sutiabas descendent d’une tribu du nord, les Hokanos et les Nahoas également des tribus d’indiens d’Amérique du Nord. Les Nicaraos qui ont vécu à Rivas sont les descendants de Nahoas.

Depuis toujours, le Nicaragua comprenait deux grandes régions sans communication entre elles : son versant atlantique ou caraïbe et le Pacifique. Le Pacifique fut peuplé par des indigènes venus du nord et la zone atlantique par ceux du sud. Ce sont des descendants des Arahuacos et des Caribes, de culture chibcha.

Quand les espagnols passèrent par la côte atlantique en 1502, cette région était habitée par 20 groupes qui parlaient des langues différentes. De ces 20 groupes restent les Miskitos, les Sumos ou Mayagnas et les Ramas. Chaque ethnie a sa propre langue et ses coutumes.

Les Miskitos viennent des forêts pluviales de la Colombie et du Venezuela. On présume que ce furent les premiers arrivants. Ils ont gardé leurs coutumes et les enfants reçoivent un enseignement dans leur langue.

On pense que les Ramas viennent de l’Equateur. Un document de 1715 mentionne que 1 300 indiens ramas vivent à Punta Gorda. Ils y habitaient jusqu’à 1774 quand ils furent attaqués par les Miskitos. Beaucoup perdirent leur vie, d’autres furent vendus comme esclaves à des pirates anglais et danois. Quelque 300 survivants s’établirent alors à Cayos Rama.

Cette population indigène fut décimée pendant les premiers siècles de domination espagnole à cause des mauvais traitements, des maladies importées et des travaux forcés. Les Espagnols ont alors fait venir les Africains pour les travaux les plus durs. Ceux-ci ont apporté avec eux leurs coutumes, leur religion, les tambours, la marimba et la yucca, tubercule alimentaire de base. Un document de 1638 mentionne que 100 esclaves africains travaillent dans une plantation au rio Coco. En 1770, trois navires danois transportaient 900 esclaves africains. Une mutinerie éclata et les Danois les abandonnèrent près de Bluefields. Leurs descendants sont les créoles actuels.

Les Garifunas sont les derniers arrivés. Ce sont les descendants d’indiennes du Venezuela et de noirs africains. Ils sont venus du Honduras à la Laguna de Perlas à la fin des années 1870 comme bûcherons et travailleurs agricoles (canne à sucre et coco).

À présent, la majorité de la population nicaraguayenne est métissée. Mais beaucoup de coutumes et de mots restent en usage.

L’Université des Régions autonomes de la côte atlantique du Nicaragua URACAN a réalisé une étude sur les populations indigènes vivant dans le pays :

Sur la côte du Pacifique vivent : o 19 000 Chorotegas o 97 500 Matagalpas o 40 000 Nahuas o 12 000 Nicarao o 40 500 Sutiaba

Sur la côte de l’Atlantique vivent : o 125 000 Miskitos o 43 000 Criollos o 2 000 Garifunas o 1 350 Ramas o 13 500 Mayagnas

Pendant cette longue et douloureuse période durant laquelle s’est formée la nation nicaraguayenne, beaucoup de ces groupes ont perdu leur langue, leurs coutumes ou leurs terres. À présent, la Constitution de la République reconnaît l’existence des peuples indigènes et leurs droits.





Les Ramas Le groupe des Ramas est le plus petit des peuples indigènes du Nicaragua, soit 1 600 personnes qui vivent principalement de la pêche, de l’agriculture et de la chasse. Les Ramas ont traditionnellement beaucoup de connaissances de la nature et ont un droit historique sur le territoire. Ils partagent avec les Kriol un territoire de 4 068 km2 (un peu plus que Mallorca) et 4 413 km2 de mer au sud de Bluefields, la capitale de la RAAS (Région autonome de l’Atlantique sud) Il y a neuf communautés qui vivent dans la réserve biologique de Bosawas. Ils élisent leur gouvernement territorial lors d’une assemblée générale avec les représentants des neuf communautés. Le territoire Rama fut documenté dans des cartes géographiques anglaises, il y a 150 ans. La langue rama appartient au groupe des langues chibcha d’Amérique du Sud et était pratiquement éteinte. Le programme d’éducation d’IBIS a commencé un projet pour la faire revivre. Les Ramas parlent en majorité un dialecte mélangeant le créole anglais avec des mots ramas. Le processus de titularisation du territoire Rama de la côte caribéenne s’est terminé ce printemps 2010 après 4 années de travail. Ce succès a été permis en partie grâce à l’appui de l’ambassade du Danemark au Nicaragua et du programme IBIS. Il a fallu pour cela des milliers de photos aériennes, une carte satellite GPS de la forêt et de nombreuses consultations dans les communautés indigènes et métisses isolées. Tout ce processus a donc duré quatre années avec l’aide du Programme d’Appui au Secteur environnement (PASMA) de l’ambassade danoise en collaboration avec IBIS. Le territoire Rama est une zone interculturelle et protégée où les 1 600 membres du peuple Rama avaient créé une alliance stratégique avec 400 créoles, descendants d’Africains avec lesquels ils cohabitent depuis plus de 100 ans. Ces deniers possèdent une grande capacité de négociation. Ensemble ils ont formé le gouvernement Rama et Kriol (GTR-K) pour faire face aux agressions des colons. Les deux groupes ethniques furent les premiers au Nicaragua à s’autodéterminer en tant que gouvernement territorial. Ceci implique forcément le droit à la propriété collective de la terre et des ressources. Un programme environnemental (DANIDA) a décidé de commencer le processus avec le peuple Rama parce qu’il était fondamental d’obtenir des garanties en ce qui concerne la propriété et pour protéger l’écosystème, ainsi que de définir les mécanismes d’administration des aires protégées. Cependant le gouvernement territorial GTR-K a sollicité IBIS pour administrer et appuyer ce projet. Un Plan Autonome de Développement et d’Administration (PADA) fut élaboré. C’est, pour le moment, l’unique document de ce type parmi les peuples indigènes du Nicaragua et il a été très utile pour les relations avec les donateurs internationaux. La Banque Mondiale financera de nouvelles infrastructures (transport maritime et énergie soutenable), tandis que L’UNESCO contribuera à l’action culturelle. Le PADA guide le GTR-K dans l’administration de son territoire. Il intervient aussi pour permettre la coexistence des Rama et des Kriol avec les colons métis vivant sur ces terres sans en avoir le droit. Le GTR-K propose aux colons de rester à la condition d’accepter certains codes sociaux et environnementaux. Le territoire Rama et Kriol se trouve dans les réserves protégées et le GTR-K doit donc l’administrer à la fois comme terres indigènes et comme aire protégée en accord avec les autorités nationales et régionales compétentes. Du point de vue légal et dans la pratique, nous nous trouvons ici devant une option nouvelle où les propriétaires des terres et des ressources biologiques entrent en alliance avec les autorités d’Etat pour protéger ensemble ce territoire. Le défi du peuple Rama est maintenant la construction d’un modèle économique susceptible de lui assurer l’autofinancement de l’administration territoriale ainsi que la protection de la nature. Un des éléments de ce modèle se trouvera sans doute dans le tourisme écologique afin de profiter de façon soutenable des forêts tropicales et de l’emplacement stratégique du territoire entre le Costa Rica, le Rio San Juan et Corn Island (l’île du maïs) de la côte caribéenne. Il faut aussi résoudre les conflits avec les colons métis. Quelques 10 000 personnes se sont installées dans 15% du territoire (la zone du café) où elles ont causé d’énormes dégâts à la nature par la déforestation illégale. Or, un groupe de ces colons ne reconnaît pas la titularisation et le droit de propriété territorial et ils ont réagi par des menaces de mort et des actes de violence envers les Ramas et les Kriols. Mais les Rama ont fait la preuve de leur capacité d’affronter leurs agresseurs avec des réponses légales grâce à la formation qu’ils ont reçue et ils ont pu dénoncer ces agissements. Afin d’éviter les conflits, le GTR-K a publié un guide pour obtenir la cohabitation pacifique et a décidé de laisser la zone du café en dehors du processus de titularisation pour le moment, même si les Rama possèdent le droit ancestral sur ces terres.

Les Mayagnas (ou Sumos) L’apport de PASMA au processus de titularisation a des implications au delà du peuple Rama, car il sert à tous les autres peuples indigènes. Ainsi les Ramas ont fait part de leurs expériences au peuple Mayagna et ce dernier obtenu un résultat étonnant. En se basant sur la méthodologie de PASMA, les Mayagnas ont fait leur propre diagnostic territorial avec seulement 10 000$US et ont réussi la titularisation du territoire MAYAGNA SAUNI ARUNGKA en seulement 9 mois. L’origine de ce peuple n’est pas encore prouvée ; on suppose qu’ils sont venus par le détroit de Bering. La majorité des villages de la municipalité de Bonanza ont une population mayagna. Des 17 000 habitants de cette municipalité, 5 200 sont mayagna. Ils sont les gardiens de la Réserve écologique de BOSAWAS. Ils ont gardé leur langue et l’enseignement est aussi donné dans cette langue. Ils se sont constitués en Nation Indigène Mayagna de Nicaragua avec un système d’autogouvernement et d’autodétermination. Ils ont élu une administration gouvernementale, présidée par Aricio Genaro Celso et créé leur propre drapeau. Toutefois, ils n’ont pas l’intention de se séparer de la République du Nicaragua. Le 5 juin 2010 restera un jour très important dans leur histoire grâce à la pleine reconnaissance de leurs communautés par le gouvernement sandiniste.