Réflexions de François Houtard

La résistance hondurienne est une nouveauté dans l’histoire du pais Ce qui s’est passé au Honduras a eu comme résultat la constitution d’une résistance qui regroupe beaucoup de mouvements sociaux – des mouvements paysans, indigènes, ouvriers, étudiants etc. Le Honduras est un des pays d’Amérique Latine qui n’a jamais eu une vraie réforme agraire. L’hégémonie économique et politique est détenue par quelques grands groupes locaux appartenant à quelques familles. Et nous nous trouvons face à une situation de tension sociale extrêmement forte et d’une grande inégalité économique. Le coup d’Etat a eu lieu à cause des nouvelles orientations adoptées dans le champ politique par le président Zelaya comme, par exemple, l’adhésion à l’ALBA. Ce coup d’Etat fut planifié par ces puissantes oligarchies locales, appuyées par quelques secteurs des Etats-unis, justement pour arrêter ce processus. Heureusement, les mouvements sociaux se sont emparées de la situation pour s’organiser de façon à résister à ce coup d’Etat. La reconnaissance du gouvernement de Lobo complique la situation de la Résistance À présent la situation est difficile. Le pouvoir politique et économique est évidemment entre les mains de la droite. Et le problème est que l’actuel régime peut compter sur l’appui des Etats-Unis. Même en Europe, plusieurs pays ont commencé à le reconnaître sous prétexte qu’il est issu d’élections, même si 60% de la population s’était opposée à cette farce. Ceci crée un problème à la Résistance car l’appui international donne une sorte de légitimité à l’actuel régime. Heureusement une majorité de pays latino-américains ne le reconnaissent pas et refusent la réintégration du Honduras à l’intérieur de la OEA (Organisation des Etats Américains) Et ils ont exigé que le Honduras ne soit pas invité au Sommet Amérique Latine - ’Europe. La Commission de Vérité cherche à établir l’histoire de ce qui s’est réellement passé Le gouvernement actuel n’a évidemment pas intérêt à faciliter le travail de la commission et il faut espérer qu’elle ne rencontre pas trop d’obstacles. F. Houtard voit trois étapes :

  • écrire l’histoire de ce coup d’Etat en prenant en compte le maximum d’informations
  • décrire de manière la plus objective possible toutes les violations des droits humains dont été victimes des journalistes et des dirigeants de mouvements sociaux qui furent arrêtés et même assassinés
  • étudier le problème des droits fondamentaux de l’accès au développement, à la terre, à l’éducation etc de l’ensemble de la population du Honduras.

L’extension de la présence militaire en Amérique Latine Tortilla con sal : Il y a beaucoup de controverses par rapport aux bases nord-américaines en Colombie, mais on parle peu de la base qui va se faire au Costa Rica et de l’extension de la présence militaire nord-américaine au Honduras. C’est un peu comme s’ils voulaient encercler le Nicaragua. F . Houtard : Je pourrai dire plusieurs choses. Je pense que les réactions autour des bases en Colombie sont plus fortes parce que l’opposition au régime de Uribe est plus forte (ce qui n’est pas le cas au Costa Rica) et cette opposition a des liens au niveau international. Et puis la Colombie est voisine du Venezuela. Cela fait que l’opinion mondiale est plus attentive à ce problème. En ce qui concerne le Honduras, il y a eu des divergences d’opinion aux Etats-Unis. Le Pentagone et la CIA ont appuyé le coup d’Etat mais le Département d’Etat aurait, lui, préféré attendre les élections. La base nord-américaine de Palmerola au Honduras est la plus grande de l’Amérique Centrale avec des centaines de militaires. Il est clair que les Etats-Unis veulent garder le contrôle du continent. Leur politique est à mettre en relation avec le contrôle des ressources naturelles, surtout les ressources énergétiques qui tendent à s’épuiser. C’est pour cela qu’au cours des deux dernières années, il y eut une augmentation drastique des dépenses militaires (100 000 millions US$) et qu’ils veulent contrôler les régimes politiques qui cherchent à s’émanciper. honduras2.jpg 4 novembre 2010 – Code du travail Malgré une forte opposition des différents secteurs de la société, les députés du Congrès National ont approuvé la loi du travail temporaire ou programme d’emploi à l’heure, ce qui signifie un net recul des droits acquis par les travailleurs. Le 3 novembre, des milliers de Honduriens ont manifesté devant le Congrès National pour exiger des députés de ne pas approuver cette loi. 3 novembre 2010 – Des représentants d’organisations de victimes se sont réunis avec la « Commission de la vérité » à Comaguaya pour exposer les violations des droits humains qu’ils subissent dans leurs communautés. Parmi les commissaires se trouvait François Houtard. 1ier novembre 2010 - L’ambassade de Cuba au Honduras a présenté le travail réalisé par les brigades médicales en place depuis 1998. Les médecins, infirmières, techniciens restent en général 2 ans dans le pays avant d’être relayés. Entre autres actions, ils ont réalisé 670 000 opérations, 115 000 accouchements et 47 000 opérations des yeux. 24 octobre 2010 – Le département d’Etat des Etats-Unis visite le Honduras pour coordonner l’aide militaire et policière au moment où des organisations des droits humains exigent la fin de l’aide à l’armée et à la police à cause de la répression politique et du rôle important des militaires dans le gouvernement. L’assemblée du FNRP – Frente Nacional de Resistencia Popular – décide de ne pas participer au dialogue avec le gouvernement sur la Constituante afin de ne pas créer de confusion parmi la population. Le but de la résistance est la refondation du Honduras. Ceci implique un changement politique, social et économique, la participation populaire, la défense des richesses naturelles, les droits des femmes, une réforme agraire profonde, le pluriculturalisme et le multilinguisme, le respect de la propriété communautaire, le respect des droits humains et des droits historiques, la démocratisation de la communication, la fin de la corruption et de l’impunité, etc. 20 septembre 2010 – Manuel Zelaya a été investi en tant que député du PARLACEN (le parlement centraméricain) ce qui est considéré comme un coup politique contre l’oligarchie et le gouvernement de facto de Lobo. Le conflit agraire au Bajo Aguan Quelques familles (Miguel Facussé, Reinaldo Canales, René Morales..) possèdent d’immenses extensions de terres dans cette zone, en majorité plantées de palme africaine pour l’agrocarburant. Elles maintiennent les paysans dans une situation de féodalité. Des paramilitaires sont engagés pour assassiner les leaders des mouvements paysans, le MUCA (Movimiento Campesino de Bajo Aguan) La consultation populaire pour une Assemblée Nationale Constituante a recueilli 1 342 876 signatures C’est un immense succès pour le FNRP car la population subit toujours une forte pression et la signature n’allait pas sans risque honduras3.jpg 31 août 2010 - Après 46 jours de lutte, manifestations et grèves de la faim des enseignants, un accord a été signé avec le gouvernement. Rien qu’à Tegucigalpa plus de 4 000 enseignants s’étaient mobilisés. La répression fut souvent brutale et la police est même intervenue dans l’enceinte de l’Université. 17 août 2010 – Assassinat de trois membres du MUCA de 40, 18 et 14 ans. Ils habitaient le même asentamiento (village improvisé) La Aurora où en juin dernier un autre jeune de 17 ans fut torturé et assassiné. La Plateforme des droits humains dénonce l’augmentation des menaces, des actes intimidants, de la répression et des assassinats envers les acteurs sociaux et les défenseurs des droits humains. L’Etat cherche de plus en plus à criminaliser les protestations et à réprimer toute action de mécontentement social. 30 juillet 2010 – L’assemblée générale de l’Organisation des Etats Américains OEA s’est réunie pour traiter de la réintégration du Honduras au SICA (Système d’intégration de l’Amérique Centrale), c’est à dire de légaliser les élections. Les Etats-Unis font pression sur les différents Etats et ont obtenu l’appui de 22 pays, tandis que 9 s’y opposent. Micheletti et l’ex-chef des Forces armées sont accusés par l’organisme de contrôle des droits humains pour les délits suivants : assassinat, torture et/ou détention illégale de 439 adultes et de 42 enfants pendant le mois de juillet 2009. Des généraux et l’ex-ministre de la défense sont également accusés. honduras5.jpg Les Honduriens n’oublient pas leurs martyrs. Sans justice, il ne peut pas avoir de réconciliation.

Solidarité avec le peuple hondurien en résistance