À 10 heures du matin, le cercueil qui repose au siège du syndicat des enseignants (COPEMH) est hissé sur la plate-forme d’un pick-up où ont pris place, Xiomara Castro, son époux José Manuel Zelaya et les proches du défunt. Le convoi funèbre s´ébranle pour rejoindre la manifestation, suivi par une foule de plus en plus nombreuse qui reprend en chœur les chants de lutte de la résistance au coup d’Etat. Sur le passage du cortège, les poings des passants se lèvent. Les multiples banderoles et tee-shirts affichant des slogans hostiles à la fraude électorale et à Juan Orlando Hernandez se conjuguent avec les drapeaux, les casquettes et les effigies aux couleurs de LIBRE pour s’exhiber impérieusement aux caméras.

Lorsque la manifestation s’arrête devant le lieu où sont gardées les urnes, contenant les voix que les partisans de LIBRE estiment qu’on leur a volées, une clameur assourdissante s’élève : « Non à la fraude, non à la fraude ». Puis, dans un bel ensemble, la foule reprend en chœur le refrain « ils nous craignent parce que nous n’avons pas peur d’eux » qui a été le chant de ralliement de la résistance au coup d’État de 2009. Et le spectre de celui-ci est bien présent : l’assassinat survenu cette nuit démontre que les heures sombres des assassinats sélectifs restent à l’ordre du jour. Dans son discours d’hommage, José Manuel Zelaya annonce que chaque mort de la résistance sera désormais veillé par la foule sur la place publique. Cette foule qui conspue les assassins aurait dû être plus nombreuse si l’armée et la police militaire – récemment créée à l’initiative de Juan Orlando Hernández lorsque ce dernier était président du Congrès – n’avaient renoué avec la vieille habitude de retenir les véhicules transportant les manifestants en direction de la capitale. Tour à tour, le coordinateur de LIBRE, sa candidate et ses principaux dirigeants, invitent les présents à se préparer à un combat de longue haleine. « Lors du coup d’Etat, ils pensaient que les gens allaient rentrer chez eux au bout de deux jours et nous avons tenu jusqu’à maintenant » rappelle José Manuel Zelaya. Le vice coordinateur de LIBRE, Juan Barahona, déclare pour sa part que « la lutte sociale des Honduriens pour leur libération n’a pas pris fin le jour des élections ». Au contraire, explique-t-il, cette nouvelle étape qui ne fait que commencer sera « celle de la lutte sociale, de la lutte politique pour conquérir le pouvoir, même si le vol de la victoire repousse à plus tard les grandes transformations qu’à travers leur vote, tant de Honduriens avaient appelé de leurs vœux ». Si nombreux sont ceux qui affrontent stoïquement l’idée que le changement dans lequel ils avaient placé leurs espoirs ne sera pas pour maintenant, l’incertitude de savoir de quoi le futur sera fait est néanmoins perceptible. Beaucoup voient en effet dans la fraude électorale la consolidation d’une situation de dictature, et certains expriment la crainte qu’une fois les derniers observateurs partis, une vague de répression s’abatte sur eux plus durement encore qu’auparavant. Dans ce contexte, le militant de LIBRE Rodolfo Pastor Campos attire l’attention sur le fait qu’il est crucial que le monde garde les yeux tournés vers le Honduras et souligne notamment le rôle des médias internationaux pour y contribuer. « À l’heure où la presse locale est de plus en plus contrôlée et inféodée à une dictature, qui cherche à nous rendre invisibles, les médias internationaux doivent analyser la situation dans toute sa complexité et nous aider à dire la vérité, à rompre le silence qu’on cherche à nous imposer afin que personne ne se rende compte de ce qu’il se passe ici ».



La mission d’observation européenne a avalisé le résultat, malgré ce qu’a déclaré un de ses membres qui »avoue avoir honte du rapport ». La situation des droits de l’homme depuis 2009 est désastreuse : 148 opposants, dont 70 avocats et 30 journalistes sont morts, ainsi que plusieurs syndicalistes. La grande pauvreté est repartie à la hausse (67%) et l’inégalité s’est accrue.

Par ailleurs, avec un taux d’homicides de 8,5%, le pays est le plus violent de la planète. Extrait du bulletin SOLAL de décembre 2013 par Guy Maunoury