Parmi ces trois pays, celui qui a le plus grand nombre de concessions est le Honduras. Le « Diagnostic de la situation minière au Honduras 2007-2012 » réalisé par ICEFI (Centre Centraméricain d’Etudes Fiscales) met en évidence que ce pays a attribué 72 concessions et que 102 demandes étaient en cours, mais, selon le Centre Honduriens de Promotion pour le Développement communautaire, il y aurait en réalité 837 projets miniers potentiels, métalliques ou non, ce qui impliquerait une superficie équivalente à presque 35% du territoire national.

Un autre rapport présenté l’année passée par ICEFI révèle que le Guatemala a attribué 107 concessions minières métalliques et qu’il est sollicité par 359 nouvelles demandes. Si l’on y ajoute les concessions non métalliques, on arrive à la quantité énorme de 973 projets.

Les mouvements sociaux et populaires guatémaltèques nous alertent sur le fait que la superficie totale des concessions dépassera les 32 000 km2, soit presque 30% du territoire guatémaltèque.

Le Nicaragua affronte lui aussi une situation très similaire. Dans son rapport « Etat actuel du secteur minier et ses impacts sociaux et environnementaux » (2012-2013) l’organisation écologique Centre Humboldt, révèle que la superficie totale des concessions représente presque 18 000 km2, soit 13,5% du territoire avec un total de 446 projets miniers.

Cependant, la situation est quelque peu différente au Salvador et au Costa Rica.

Le Salvador compte un total de 29 projets métalliques et 36 non métalliques, mais aucun n’est en phase d’exploitation. À partir de 2008, plusieurs organisations de la société civile salvadorienne ont entrepris un travail minutieux et approfondi d’information de l’opinion publique sur les effets pervers de l’exploitation des mines métalliques. Elles ont obtenu l’appui du président Mauricio Funes, nouvellement élu et du FMLN, ce qui a conduit à un moratoire de fait de l’extraction à ciel ouvert.

Ceci a permis d’inscrire dans l’agenda parlementaire la discussion sur un projet de loi intégrale dont l’objet sera de réglementer n’importe quel type d’extraction.

Au Costa Rica – après une grande campagne de conscientisation et de mobilisation - l’Assemblée Législative a adopté à l’unanimité l’interdiction de l’extraction à ciel ouvert, ainsi que de l’usage du cyanure et du mercure dans l’activité minière.

Faux mythes

Récemment il s’est tenu à Managua le 1er Congrès International des Mines au cours duquel des délégués de gouvernements et des entreprises minières, ainsi que des experts en ingénierie et géologie de plus de 25 pays d’Amérique latine, d’Europe, des Etats-Unis et du Canada ont débattu des innovations, des programmes et des progrès dans les domaines de la technologie et de la géologie pour l’exploration et l’exploitation minières.

Parallèlement des organisations sociales et populaires de toute l’Amérique Centrale ont réalisé un Forum régional alternatif pour la défense des biens communs où elles dénoncèrent les mythes erronés de l’industrie minière et ses graves impacts sociaux et environnementaux.

Le premier mythe est que l’exploitation minière génère le bien-être et le développement.

« Les entreprises minières s’installent dans un territoire pour un temps déterminé, se dédient à l’extraction des ressources non renouvelables mais au fur et à mesure de l’épuisement des ressources, l’investissement et tout ce qui a été généré disparaît. Ce qui reste ce sont des villages fantômes et un environnement dévasté. Les gagnants sont les entreprises et non le pays.

Par exemple, au Nicaragua, en 2013, le principal produit d’exportation fut l’or pour une valeur de plus de 442 millions de dollars US, l’Etat percevant 3 % de la valeur extraite. Mais il faut bien reconnaître que ce taux de 3% est insignifiant face aux énormes gains des compagnies minières.

En définitive, la contribution de l’activité minière à l ‘économie nationale des pays centraméricains reste marginale, oscillant entre 1,25% du PIB au Honduras et 2,5% au Nicaragua. En comparaison, l’activité agricole au Honduras représente 40% du PIB.

Le second mythe est que l’extraction minière génère des emplois.

Au Honduras elle concerne une moyenne de 0,2% de la population économiquement active, soit un peu plus de 6.300 emplois.

Au Nicaragua et au Guatemala ce pourcentage dépasse légèrement 2%.

De plus, il s’agit d’emplois peu qualifiés, mal payés et éphémères.

Les entreprises opèrent en moyenne 10 à 15 ans, ensuite elles déménagent ou font des transactions rendant difficile l’identification des propriétaires. Ainsi, il devient compliqué de les rendre responsable des dommages causés à l’environnement, et on observe leur lente disparition.

L’exploitation verte – le troisième mensonge

Il est mondialement connu que l’extraction est une industrie terriblement contaminante générant des dommages irrémédiables. Elle utilise beaucoup d’eau (autant d’eau dans une journée qu’une famille paysanne en 20 ans) et de poisons,

Ainsi le cyanure – interdit par l’Union Européenne - continue à être utilisé, ainsi que le plomb, l’arsenic, le mercure, le zinc et l’aluminium.

Pour chaque once d’or, il faut remuer 20 tonnes de roche, utiliser en moyenne 4 kg de cyanure et 20. 000 litres d’eau par seconde. De plus pour chaque gramme d’or on a besoin de 2 à 3 grammes de mercure. Ainsi l’eau empoisonnée est stockée dans un bassin, y demeure un temps, mais le risque est grand qu’elle finisse dans les rivières.

Un spécialiste des mines indique qu’il y a de l’ordre de 8 mines au Honduras n’ayant jamais été traitées correctement et provoquant aujourd’hui de graves problèmes de santé. Au nombre des autres impacts de particulière gravité, il y a la déforestation, la contamination de l’air par les poussières dues aux explosions et la perte de la couche fertile des sols. Dans la vallée d’Angeles, une zone très touristique dans les environs de Tegucigalpa, capitale du Honduras, il y a une mine fermée il y a 40 ans mais qui continue à provoquer une contagion par les eaux acides. Ce sont des montagnes de déchets où l’on trouve de tout : mercure, plomb, arsenic, cadmium, aluminium, fer. Quand il pleut, de l’eau couleur sang descend des collines.

Dans la vallée de Siria au Honduras et de San Miguel Ixtahuacan au Guatemala, l’exploitation de la mine a provoqué de graves problèmes de peau, des accouchements prématurés, des malformations génétiques, des avortements, des cécités et des personnes perdaient leur cheveux.

Criminalisation des protestations

Dans toute l’Amérique Centrale, les protestations contre l’exploitation minière ont toujours été criminalisées. Des dizaines de conflits sociaux ont abouti à la persécution, la répression et l’emprisonnement de centaines de personnes. Plusieurs chefs communautaires et activistes paysans et indigènes ont été assassinés.

Des zones d’exploitations sont militarisées, des communautés sont divisées. On leur refuse une consultation préalable, libre et une vraie information.

La seule réponse possible est de renforcer l’organisation et l’articulation des protestations sur toute la région. Un bon exemple est le Mouvement contre l’extraction minière (M4)

Les Etats complices

Cette situation et les effets que l’on observe ne seraient pas possibles sans la coresponsabilité des autorités nationales. Une des stratégies utilisées est la soumission de la législation nationale aux intérêts du capital minier pour pouvoir ainsi contenir et criminaliser les protestations sociales.

Dans beaucoup de cas, ces lois et règlements ne sont pas seulement contraires à la constitution mais violent aussi la convention 169 de l’OIT (Organisation Internationale du travail) qui protège les droits des peuples indigènes.

Mais la tendance est plutôt vers le renforcement des droits accordés aux entreprises minières.

Ainsi, au Honduras l’approbation d’une nouvelle loi des mines a provoqué beaucoup de problèmes. Cette loi est entrée en vigueur l’année dernière et l’on compte déjà 11 assassinats directement liés à la mine. Plus de 60 personnes ont été condamnées pour s’être opposées à l’activité minière.

Le modèle d’extraction est la conséquence du renforcement du modèle néolibéral où les corporations cooptent leurs dirigeants avec ceux des Etats, finissent par faire disparaître ces derniers comme institutions démocratiques en assumant le contrôle des politiques nationales, conclut Pedro Landa.